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Intoxications afghanes
Par Soufiane Ben Farhat
Dans les guerres menées par les Etats-Unis d'Amérique depuis 2001, les bourbiers se juxtaposent et s'enfantent comme les poupées russes. Sitôt un front semble-t-il "sécurisé" –comme on dit désormais, terminologie martiale oblige- qu'un autre s'enflamme.
Ainsi, à l'instar des passages à niveau dangereux, un bourbier en cache un autre. On croyait que l'Irak était le front le plus dangereux pour les troupes US, comparativement à l'Afghanistan, qui semblait rapidement mis au pas. Avec le temps, on a observé en revanche une véritable irakisation de l'Afghanistan moyennant les mêmes ingrédients de la guerre asymétrique et des attentas-suicide à tout bout de champ.
En juin dernier, fait inédit, les pertes américaines ont été plus lourdes en Afghanistan qu'en Irak. Et l'on escompte avec réalisme un pourrissement de la situation en Afghanistan à court terme.
Mais le bourbier afghan semble renfermer dans sa spirale vicieuse, lui aussi, un autre marécage autrement plus périlleux: les zones frontalières pakistanaises –dont le tristement célèbre Waziristan- véritable sanctuaire et aire de repli des talibans.
Avec la recrudescence des pertes au sein des troupes de l'Otan, dont notamment les dix soldats français tués en début de semaine, l'Afghanistan s'est rappelé tragiquement à la bonne conscience du monde. Ses récentes flambées de violences meurtrières n'augurent à n'en pas douter de rien de bon.
Au Pakistan, la démission de Musharraf a été suivie d'une série d'attentats meurtriers. De leur côté, les tombeurs de Musharraf n'en finissent pas de s'étriper sur des vétilles. Un vide béant, qui pourrait être lourd de conséquences tragiques, se profile pour cette puissance nucléaire musulmane de 160 millions d'habitants.
Les discours politiques triomphalistes tant aux USA que dans certains pays européens en rajoutent à la confusion. Telles ces envolées lyriques sur les supposées avancées considérables de la démocratie et des droits de l'homme en Afghanistan où, à en croire certains, l'avenir de la démocratie mondiale et universelle se joue !
Pourtant, nul n'ignore que ce pays est en passe de devenir un véritable narco-Etat. Les Américains et les troupes de l'Otan semblent sinon s'en accommoder, du moins s'y résigner.
L'année dernière, l'Afghanistan a produit plus de 92 % de la production mondiale d'opium dépassant même de 30 % la consommation. 32 des 34 provinces (wilayet) afghanes y sont impliquées. L'économie de l'opium représente près de 3 milliards de dollars US, soit plus de 60% du PIB afghan et contribue à un tiers de l'économie du pays.
Et Dieu sait que dans ce pays, l'opium constitue pour ainsi dire l'économie de guerre par excellence. De sorte que plus il est déstabilisé, plus on y recourt à la culture de l'opium. A l'époque de l'invasion soviétique en 1979, il n'en produisait en fait que quelques centaines de tonnes.
Le chef de l'Etat afghan Hamid Karzai en est réduit à gouverner sans régner. Il passe le plus clair de son temps à déjouer les tentatives d'attentat qui ont lieu dans son propre sérail.
Les militaires américains ne sont guère en reste. En février dernier, le commandant du corps des "marines" a estimé que le ministère américain de la Défense ne dispose pas d'informations précises sur la situation du conflit de l'Afghanistan. Le général James Conway a stigmatisé notamment un décalage entre les rapports optimistes des commandants sur le terrain, et ceux, plus alarmants, des services de renseignement. A l'en croire, les militaires en Afghanistan font état de progrès, tandis que des rapports émis depuis 2004 par les services secrets, démontrent que les attaques des talibans et le nombre de leur victimes sont en hausse. Les structures du renseignement attestent par ailleurs que les talibans ne cessent d'étendre leur emprise sur de plus vastes territoires et de tribus. "C'est un peu perturbant à ce stade. En tant que ministère, nous avons besoin de partager la même analyse et franchement, pour le moment, ce n'est pas le cas", a déclaré Conway devant la presse.
Ses propos ont tôt fait d'être corroborés par deux études américaines indépendantes publiées également début février 2008. Elles démontraient que le gouvernement afghan pourrait être renversé et le pays redevenir un havre terroriste à défaut de relance des efforts internationaux sur le plan militaire et de la reconstruction.
De son côté, la Rand Corporation, think-tank américain proche du Pentagone, a publié une étude d'évaluation de la présence militaire et de l'effort financier nécessaires pour la réalisation de la "nation building". Il en ressort que la Bosnie avait reçu 679 dollars par habitant, de la communauté internationale, le Kosovo 526 dollars, l'Irak 206 dollars et l'Afghanistan seulement 57 dollars.
C'est dire s'il arrive aux politiques, fussent-ils des pays dits les plus civilisés, d'être intoxiqués par leurs propres allégations et discours mensongers.
Après celle de l'opium, voici venue l'ère des intoxications afghanes…
S.B.F
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Afghanistan, au-delà d'une polémique
Par Soufiane BEN FARHAT
La France est un pays de polémiques sur tout et rien. On le savait depuis longtemps déjà. Même si ça n'en finit guère d'étonner les voisins proches et lointains de l'Hexagone.
Seulement, la polémique ne semble guère de trop suite à la mort de dix soldats français dans une embuscade des talibans en début de semaine près de Kaboul.
Des questions fusent, soulevées autant par les soldats blessés et survivants de la tragique embuscade que par les familles des victimes (10 morts et des dizaines de blessés). Evidemment à l'affût, la presse française a répercuté sinon amplifié ces interrogations qui n'en demeurent pas moins légitimes.
Qu'on en juge: Pourquoi la mission de reconnaissance s’est-elle faite en fin de journée, une plage horaire peu propice à l'auto-défense en milieu montagneux? Pourquoi les mirages français stationnés en Afghanistan n’ont-ils pas réagi? Pourquoi aucun appui aérien, fut-il héliporté, n'a été prévu dès le début? Pourquoi l’aviation américaine, appelée en renfort, n’est-elle pas intervenue au bon moment? Et pourquoi ses tirs bien tardifs et peu efficaces semblent-ils avoir touché des soldats français plutôt que les rebelles talibans? Pourquoi n'y a–t-il eu que des morts et blessés français alors que la mission comportait également des équipes américaines et afghanes?
Devant conduire avec le député socialiste François Lamy une mission parlementaire d'évaluation de la situation en Afghanistan, le député français Pierre Lellouche (UMP) s'est exprimé hier dans Le Parisien-Aujourd'hui en France: "C'est déjà un bourbier. Les forces internationales ont certes empêché les talibans de reprendre le pouvoir à Kaboul, mais elles ne sont pas en nombre suffisant pour contrôler la totalité du pays…J'ai approuvé la décision de Sarkozy d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan, car il est hors de question de laisser se réinstaller à Kaboul un régime qui fait le lit du terrorisme international".
Il n'en adopte pas moins une attitude critique: "C'est une guerre qu'on a faite à l'économie. L'essentiel de l'effort de guerre américain est allé en Irak et les Européens se sont bien gardés d'apporter une contribution importante en Afghanistan". Après s'en être pris au "désordre immense à Kaboul entre les organisations publiques et privées", le député parisien sollicite "une remise à plat de la stratégie civilo-militaire de l'Otan en Afghanistan, parce que cette stratégie a échoué".
C'est dire si certains partis pris raisonnés plutôt qu'aveugles ne procèdent pas du propre camp de la majorité en France. On peut même affirmer que les constats passent outre par moments les rigoureux clivages gauche-droite qui y sont en vigueur depuis plus de deux siècles.
C'est ainsi que dans un entretien donné en avril dernier, les propos du politologue, démographe, historien, sociologue et essayiste français Emmanuel Todd ont été prémonitoires: "L’irakisation de l’Afghanistan participe d’une agression du monde musulman par le monde occidental. L’occidentalisme est une doctrine d’extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane…Nous risquons même ce qu’ont subi la Grande-Bretagne et l’Espagne à la suite de la guerre en Irak…Je ne peux pas imaginer que les gens qui entourent (le président) ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue…L’organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l’état normal de ces sociétés, ce n’est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d’armes régulières venant de l’extérieur, il est évident que ces système sociaux vont venir à bout de quelques milliers d’hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Dien-Bien-Phû ou par un retrait paisible…Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question".
Bref, ici et là, les analystes trouvent la situation minée d'avance. De sorte que s'y hasarder, quels qu'en soient les discours justificateurs, s'apparente à une gageure dont les conséquences peuvent s'avérer tragiques.
On comprend dès lors le fondement de la polémique en France sur son engagement militaire en Afghanistan…
S.B.F
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Grimace de l'histoire au Pakistan
Par Soufiane BEN FARHAT
Que le président pakistanais Pervez Musharraf soit acculé à quitter le pouvoir, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute. En concentrant à l'extrême le pouvoir, il a condensé contre lui toutes les forces du refus, qu'elles soient laïques ou religieuses. Mais qu'il parte si vite, cela n'était guère prévisible il y a peu.
Jusqu'à il y a quelques jours, les Américains le soutenaient. C'est d'ailleurs aux alliés américains que Musharraf doit sa relative longévité politique dans un contexte qui ne s'y prêtait guère.
Souvenons-nous: ancien chef de l'armée, Pervez Musharraf a investi le pouvoir par la force de la baïonnette, à la faveur d'un coup d'Etat en 1999. A l'époque, les Américains le haïssaient comme diable, et le déclamaient à tout vent.
Opportuniste et faisant montre à l'occasion de dons de manœuvrier, il a su mettre à profit les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington. On l'a vu dès les premières heures qui ont suivi les attaques aux côtés du premier ministre britannique Tony Blair, déclarant qu'il est un allié sûr des Etats-Unis d'Amérique dans leur croisade planétaire annoncée contre le terrorisme.
Depuis, il a réussi à renverser les vapeurs, au niveau des alliances et contre-alliances internationales surtout. D'ailleurs, sitôt sa démission consommée, le président américain George Bush a promptement salué le rôle joué par Musharraf dans la lutte contre Al Qaïda. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice n'a pas été en reste en déclarant voir en Musharraf un "ami des Etats-Unis", pour avoir fait le "choix essentiel" du combat contre les talibans, Al Qaïda et d'autres formes d'extrémisme après les attentats du 11 septembre 2001.
Il n'en demeure pas moins que, selon des informations dignes de foi, des responsables saoudiens, américains et britanniques ont participé aux négociations visant à mettre fin au ce bras de fer qui a opposé Musharraf au gouvernement. Il faut savoir qu'en février dernier, l'opposition emmenée par le veuf de l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto et par Nawaz Sharif, celui-là même que Musharraf avait renversé il y a neuf ans, a remporté les élections législatives. Cette semaine, le gouvernement de coalition avait annoncé son intention de lancer l'impeachment, une procédure de destitution de Musharraf pour transgression de la Constitution.
En clair, les Américains ont lâché Musharraf au dernier moment. Pas plus tard qu'il y a deux jours en effet, il annonçait son intention de s'agripper mordicus au pouvoir. Il s'était derechef présenté comme le rempart incontournable de la lutte contre l'extrémisme religieux et le garant de la cohésion à même d'éviter la banqueroute économique du Pakistan.
Et puis, en deux temps et trois mouvements, il s'est retrouvé éjecté en bonne et due forme. "Après avoir sollicité l'avis de mes conseillers juridiques et de mes collaborateurs politiques, je prends la décision de démissionner", a-t-il déclaré, l'air plus sombre et amer que jamais.
Du coup, des dizaines de milliers de Pakistanais ont investi les rues et ont distribué des gâteaux en signe de réjouissances. Il est vrai que, selon un sondage de l'International Republican Institute publié en juillet, les Pakistanais étaient à 83% favorables au départ de Musharraf. Les marchés financiers ont quant à eux accueilli avec soulagement le départ subit du président déchu.
Il faut dire que Musharraf a préjugé outrancièrement de son crédit auprès des Occidentaux en général et des Américains en particulier.
Certes, le Pakistan officiel s'est investi, grâce principalement à Musharraf, aux premières loges de la lutte contre les talibans tant en Afghanistan voisin, où ils ont repris du poil de la bête, que dans les régions frontalières du Waziristan pakistanais. Mais, depuis quelque temps, les talibans et les extrémistes religieux de tout poil, visiblement bien implantés dans le tissu social, éducatif et tribal pakistanais, ont semé des ravages meurtriers au Pakistan.
Attentats et batailles rangées se sont succédé, notamment au Waziristan et dans la vallée de Swatt. Cela a culminé avec l'assassinat de Benazir Bhutto revenue d'exil depuis peu, fin décembre 2007. Un attentat participant d'une série record d'attentats suicide dans l'histoire du Pakistan, qui ont fait plus de 1.200 morts en moins d'un an. Le plus meurtrier avait eu lieu le 18 octobre, quand deux kamikazes avaient tué 139 personnes dans un gigantesque défilé de sympathisants qui célébraient à Karachi le retour de Benazir Bhutto après six années d'exil.
Péril en la demeure il y a, depuis, dans cette particulièrement instable puissance nucléaire islamique de 160 millions d'habitants
Deuxième pays musulman au monde par sa population, le Pakistan n’en finissait plus de défrayer la chronique. Si bien que la décision du général Musharraf, le 3 novembre 2007, de décréter l’état d’urgence et de suspendre la constitution, plutôt que d'appeler les remèdes, a plutôt achevé d’enliser le pays dans une crise sans fin.
Le premier à en faire les frais aura été, ironie de l'histoire, Pervez Musharraf lui-même.
Ironie de l'histoire? Disons plutôt une grimace dont l'histoire est si friande aux moments tragiques…
S.B.F
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Le sommeil de la raison engendre des monstres
Par Soufiane Ben Farhat
Olmert a annoncé la couleur. Faisant bloc avec les ultras israéliens de tout acabit, il a réitéré les lignes rouges de l'obsession isolationniste israélienne. Ainsi a-t-il indiqué jeudi dernier au président palestinien Mahmoud Abbas qu'Israël n'autoriserait pas le retour de réfugiés palestiniens dans le cadre d'un futur accord.
"Le Premier ministre répète à nouveau qu'en vertu de tout accord futur, il ne saurait y avoir de retour de réfugiés palestiniens en Israël, quel qu'en soit le nombre", a fait savoir le bureau d'Olmert.
Proche collaborateur de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rdainah, a qualifié d'"inacceptable" la position du premier ministre israélien. Il a tenu à faire savoir que "les fuites sur cette question et d'autres aspects des pourparlers de paix, comme une proposition israélienne visant à reporter les discussions sur Al Qods, visaient à persuader la communauté internationale qu'il faudrait imputer aux Palestiniens tout éventuel échec des négociations".
Pour l'Autorité palestinienne en effet, tout règlement définitif et durable présuppose l'existence d'un Etat palestinien sur la totalité de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, dont impérativement Al Qods-Est, ainsi qu'une solution dite équitable de la question des réfugiés.
Quand on sait qu'en 1948, lors de l'irruption sanglante d'Israël dans le vécu palestinien, le nombre des réfugiés se chiffrait déjà à 800.000 personnes (la moitié de la population arabe de Palestine d'alors), on comprend l'ampleur de la tragédie. Expulsés par des bandes et autres groupes de choc sionistes armés qui n'ont pas hésité à perpétrer des pogroms massifs, le nettoyage ethnique systématique et les carnages en règle, ces réfugiés palestiniens ont été cantonnés -en dehors de la bande de Gaza et de la Cisjordanie- pêle-mêle dans des camps de fortune en Jordanie, en Syrie et au Liban.
Avec leurs descendants, leur nombre s'élève aujourd'hui d'après les statistiques onusiennes, à plus de cinq millions de personnes.
Or, les Israéliens, toutes sensibilités politiques confondues, s'en tiennent à une ligne de conduite sur la base de quatre "NON" incontournables à leurs yeux: non au retour aux frontières de 1967, non au retour des réfugiés palestiniens, non à la restitution d'Al Qods et non au démantèlement des centaines de colonies de peuplement juives.
Ce faisant, Olmert fait siennes les constantes iniques des ailes les plus extrémistes de la classe politique israélienne. Likoud, travaillistes, partisans de kadima ou transfuges déguisés en "colombes" israéliennes partagent ainsi le même credo injuste et lourd de significations racistes dans le pur moulage ségrégationniste de l'apartheid.
Le tout évidemment –est-il besoin de le rappeler- en dépit des dizaines de résolutions onusiennes et du Conseil de sécurité ainsi que des instruments pertinents de la légalité internationale.
L'idéal même de paix s'en retrouve profondément endommagé auprès de larges franges, principalement juvéniles, de l'opinion arabe, musulmane et internationale. Les résultats, comme on s'en doute et tel que cela s'est par moments tragiquement vérifié dans les faits, peuvent être lourds de conséquences.
Que les pourparlers de paix entre Olmert et Abbas, relancés en novembre dernier à Annapolis par la volonté du président américain Bush, piétinent et fassent du surplace n'est guère pour étonner. Jusqu'ici, ces semblants de conciliabules intermittents et décousus n'ont pas permis de progrès notable. Ils ont fait les frais du climat de violences et des désaccords liés principalement à la poursuite de la colonisation israélienne.
Le voeu pieux du président américain voulant que le conflit israélo-palestinien vieux de soixante ans soit résolu définitivement courant 2008 est devenu dès lors pure chimère. Personne n'y croit plus, Américains et Israéliens en prime, si tant est que ces derniers y aient raisonnablement cru.
Ajoutons-y les déboires de la fin de carrière politique d'Olmert qui se profile en queue de poisson en raison de questions liées à la corruption et la boucle du cercle infernal s'en retrouve définitivement consommée. Le premier ministre israélien a en effet annoncé le 30 juillet qu'il quitterait son poste en septembre, hypothéquant ainsi irrémédiablement toute chance d'obtenir un accord sur la création d'un Etat palestinien avant la fin de l'année.
On sait depuis Goya que le sommeil de la raison engendre des monstres…
S.B.F
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Décès de Mahmoud Derwich
L’orgueilleuse blessure du poète
Par Soufiane Ben Farhat
Il se savait condamné. Pourtant, il a tenu jusqu’au bout du rêve. Car, la vie de Mahmoud Derwich était de l’étoffe même dont sont faits les songes.
Né en 1941 en Palestine –du temps où elle s’appelait encore Palestine—, il connaîtra très tôt les affres de l’occupation israélienne, des tueries de masse et de la spoliation de sa patrie. Son village natal El-Birouwe en Galilée sera rasé par les hordes sionistes qui construiront sur ses décombres un village juif nommé Ahi Houda.
Dans le film Kafr Qassem de Borhane Alaouié, c’est lui qu’on voit dans la scène finale écrivant son poème où il dit:
"Je suis revenu de la mort pour vivre et chanter,
Je suis le délégué d’une blessure qui ne transige point,
Les coups du tortionnaire m’ont appris
A marcher sur ma blessure
Et marcher
Et encore marcher
Et résister".
Mahmoud Derwich, Taoufik Ziad et Samih el-Qacem présideront précisément à la naissance du corpus de la Littérature de la Résistance (adab el mouqawama), terme générique par lequel on désigne l’œuvre poétique des Palestiniens vivant sous l’occupation israélienne. Une littérature qui se fera connaître à large échelle dès la fin des années 60 et le début des années 70 du 20e siècle. Derwich en sera le véritable porte-drapeau incontesté. Des générations entières d’Arabes en seront pétries.
Avec son air des cimes, son verbe incisif et ses suaves et captivantes charges affectives jusqu’au tréfonds de l’être, Mahmoud Derwich a maintenu vive la flamme de l’identité. Ce qui importait beaucoup par ces temps ingrats et mendiants où la cause de tout un peuple fut réduite à une banale question de réfugiés:
"Nous n’étions pas, avant juin, comme les petits pigeons,
Aussi notre amour a-t-il résisté aux chaînes,
Nous sommes, ô ma sœur, depuis vingt ans,
Non pas en train d’écrire des poèmes, mais de nous battre.
O toi ma blessure orgueilleuse,
Ma patrie n’est pas une valise,
Et moi je ne suis pas un voyageur,
Je suis l’amant et la terre est ma bien-aimée".
Blessure orgueilleuse, sainte blessure. Un autre grand –le chanteur compositeur libanais Marcel Khalifé— s’empare des poèmes de Derwich et les sème à tout vent. Allez chercher pourquoi la jeunesse de certaines générations fut nourrie de rêves fous et d’engagements intransigeants.
Inoubliables chansons où Marcel égrenait sur des rythmes enchanteurs les paroles de Mahmoud:
"Si je chante la joie,
Derrière des paupières remplies de crainte, c’est parce que la tempête
M’a promis du vin et des toasts nouveaux
Et des arcs-en-ciel,
Parce que la Tempête a effacé la voix des oiseaux stupides,
Et arraché les branches greffées
Des arbrisseaux debout".
Politisé, militant des premières heures dans les rangs de l’OLP, Mahmoud Derwich est contraint à l’exil en 1970. Il ne reviendra dans la bande de Gaza puis en Cisjordanie qu’en 1995, à la faveur de la mise en place de l’Autorité palestinienne. Ses poèmes changeront de ton, d’inflexion et d’intonations.
Profondément malade, il subit deux interventions cardiaques dont celle de 1998 à l’issue de laquelle il écrit son incomparable Jidariyya (Dazibao). Poème philosophique, synthétique et initiatique, il met en lumière la primauté de l’homme sur le néant, de la création sur la mort et du sentiment sur la froide insensibilité.
Depuis ce testament, Mahmoud Derwich se savait condamné. Ce qui ne l’empêche pas de continuer sur les voix escarpées d’une vie qui s’est imposée à lui dès le début comme un chemin de croix.
Avec son départ, un pan de notre jeunesse s’évanouit. La vie est ainsi faite. Les poètes préfigurent toujours les grands changements. Et leurs départs sont le témoignage de l’irrémédiable anéantissement d’une partie de nous-mêmes.
Le poète s’en est allé, l’orgueilleuse blessure reste.
S.B.F
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Confucius
Par Soufiane BEN FARHAT
Comme on s'y attendait, avec les Chinois, l'écrin a été à la mesure de la perle. La cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin en a été une démonstration où la grandeur le disputait à l'esthétisme et la féerie à la démesure.
On comprend dès lors pourquoi les Italiens ont tôt fait de nommer Il Milione (le million) le Devisement du monde ou Livre des merveilles, récit des voyages en Chine de Marco Polo. Ici et là, il y a une extraordinaire outrance raffinée, un art de la disproportion savamment dosée. Unis dans la diversité, les détails foisonnent dans d'invraisemblables constructions au-delà du merveilleux, aux limites impensables de l'imperturbable seuil de l'impossible.
Les prouesses se succèdent, enchevêtrées, chevauchant les unes sur les autres, ne laissant guère le temps à l'accomplissement de l'extase réitérée à n'en plus finir. C'est comme si l'on était suavement emporté par quelque dragon chimérique pour une virée fabuleuse parmi les étoiles.
Les records se succèdent. Face à quatre milliards de téléspectateurs, le pays le plus peuplé du monde accueillait pour la première fois les Jeux. Dans le Stade national en acier, le désormais fameux "Nid d'oiseau", il y avait 91.000 oisillons (spectateurs) dont plus de 80 chefs d'Etat et de gouvernement.
La culture cinq fois millénaires de la Chine s'est offerte dans un spectacle d'un peu plus d'une heure qui a mobilisé pas moins de 14.000 personnes.
Deux mille huit percussions antiques chinoises ont lancé le compte à rebours jusqu'à l'ouverture officielle de la cérémonie par un premier feu d'artifice, à huit heures huit du soir, en ce huit huit deux mille huit (le 8 est le symbole redressé de l'infini en mathématiques, le porte-bonheur par excellence en Chine).
Et l'on a assisté depuis à un défilé de ce que l'humanité doit de plus précieux à la civilisation chinoise. A ce titre, il y avait notamment l'invention du papier, figurée par un grand parchemin sur lequel folâtraient des danseurs-peintres. Suivait l'art de l'écriture que plantait une performance lumineuse, étincelante de volupté.
Le point d'orgue, ce fut l'allumage spectaculaire de la flamme olympique par l'ancien gymnaste chinois Li Ning, qui s'est envolé dans le ciel de Pékin, courant le long du toit du stade tiré par un filin. Vingt-neuf mille feux d'artifices ont salué sa prouesse.
La glorieuse histoire de la chine s'est ainsi déclinée idéalement titanesque et profondément humaine, instructive et hallucinante.
Et puis, il y avait surtout en lever de rideau ce merveilleux message de bienvenue de Confucius: "N'est-ce pas un bonheur d'avoir des amis qui viennent de loin?". Un message on ne peut plus simplement hospitalier et qui rappelle qu'au-delà des symboles flamboyants, des carcans nationalistes et des émeutes identitaires, il y a tout simplement l'homme. L'homme, cet ambassadeur de croyances, de coutumes, d'amours particulières cher à Antoine de Saint-Exupéry.
Kong Fuzi (maître Kong), le Confucius des Occidentaux, était à peu près contemporain de Socrate. Ayant profondément foi en l'humanité, il contribuera à forger l'identité de la Chine. Selon Jean-Paul Desroches, conservateur du Musée français des arts asiatiques "c'est un homme à rapprocher de Socrate. Comme lui, il travaille au cœur de la cité, même si sa carrière politique a été un échec, cela fait d'ailleurs partie de son charme. Il comprend que le bon gouvernement est celui de l'esprit. Sa pensée, mise en œuvre par ses disciples, va être codifiée sous l'empereur han Wu Di. La clé de son enseignement, c'est la vertu de l'étude. D'où le système des examens, destiné à recruter les fonctionnaires, qui va se mettre en place en Chine et durer jusqu'en 1906".
Aujourd'hui, la Chine revendique un certain héritage confucéen. Pourtant, au début du 20ème siècle, au temps de la première République chinoise de Sun Yat-Sen, ce n'était guère le cas. A l'époque, l'universitaire Chen Duxiu, futur cofondateur du parti communiste chinois, crée la revue Nouvelle jeunesse où il appelle à lutter contre Confucius. Son collègue Li Dazhao exhorte les jeunes à "déchirer le filet de l'histoire passée et à détruire la prison des idées anciennes". Pour "sauver le pays, renchérit-il, il importe d'"abattre la boutique de Confucius". Le fameux mouvement des étudiants chinois du 4 mai 1919, "le jour où Confucius est mort", est considéré comme le jour-symbole de la naissance de la Chine contemporaine.
Deux années plus tard, en juillet 1921, Mao Ze Dong co-fonde le parti communiste chinois. Le 1er octobre 1949, il proclame victorieux la République populaire de Chine au terme d'une lutte acharnée.
Et l'on se rendra compte, paradoxalement au fil des ans, que le succès du communisme chinois tient davantage à l'héritage de Confucius qu'à celui de Marx et Engels. Même l’ouverture chinoise sur le libéralisme capitaliste, en vigueur depuis trente ans, procède elle aussi davantage de Confucius que d’Adam Smith, Keynes ou Milton Friedman.
Les postures changent, le creuset historique demeure le même…
S.B.F
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Génocide rwandais
Les responsabilités de la France
Les autorités françaises jugent "insupportables" les accusations contenues dans un rapport rwandais publié le 6 août qui reproche à la France d'avoir participé au génocide de 1994. Le quotidien britannique Financial Times attend une autre attitude de la part de Paris.
Le Rwanda vient de publier le compte rendu le plus détaillé jamais rédigé sur le rôle de la France dans le génocide de 1994. Le rapport rendu public à Kigali est le fruit de quatre ans d'enquête. Il met en cause de hauts responsables des hiérarchies politique et militaire françaises, dont François Mitterrand, alors président de la République, son fils Jean-Christophe, deux anciens Premiers ministres et toute une série d'officiers de l'armée.
Certaines des accusations sont inédites. D'autres sont portées depuis longtemps. Mais, selon la plus grave, Paris a fourni une protection diplomatique, une formation militaire et des armes aux extrémistes hutus responsables du massacre de 1 million de Tutsis et de Hutus modérés. De nouveaux détails sont apportés sur la formation assurée par des officiers français auprès d'unités de défense civile qui devaient devenir par la suite les Interahamwes, milices responsables de la plupart des assassinats. D'après le rapport rwandais, Paris aurait fourni des armes bien après le début des atrocités et certains représentants français auraient même participé directement à des crimes de guerre. Si des preuves irréfutables sont apportées, ils doivent en répondre devant la justice.
Washington, Londres, les Nations unies et d'autres membres de la communauté internationale sont coupables d'avoir laissé s'écrire le chapitre le plus sanglant de l'histoire moderne de l'Afrique. Mais Paris fait face à une accusation bien plus lourde : celle d'avoir participé activement à sa rédaction. Comme on pouvait s'y attendre, les Français ont réagi à la publication du rapport rwandais en dénonçant des accusations "inacceptables" et en mettant en cause l'indépendance de la commission nommée par le gouvernement de Kigali pour mener l'enquête.
Le rapport n'est peut-être pas dépourvu de propagande et d'exagérations ; la thèse qui voudrait que des officiers français aient participé en connaissance de cause aux préparatifs du génocide pourrait ne pas résister à un examen approfondi.
Mais le Rwanda porte aussi une accusation fondée : la France a laissé se créer des conditions favorables au génocide en soutenant un régime ami alors même qu'il se rendait coupable de crimes de guerre. Paris n'a toujours pas reconnu ses erreurs ni présenté la moindre forme d'excuse au Rwanda, ce qui suscite une profonde rancœur chez les survivants des massacres.
Cela explique aussi pourquoi Kigali a jugé nécessaire de coucher sur le papier sa propre version des événements. C'est la période la plus sombre des relations de la France avec ses satellites de l'Afrique francophone. Le président Nicolas Sarkozy le reconnaît du bout des lèvres, mais il doit en faire davantage. Nombre de grandes figures politiques françaises critiquent ouvertement la Turquie parce qu'elle refuse de se pencher sur le massacre des Arméniens pendant l'effondrement de l'Empire ottoman pour déterminer s'il s'agissait ou non d'un génocide. Argument dont ils se servent pour motiver le refus d'intégrer Ankara dans l'Union européenne. La France ferait mieux de balayer devant sa porte en se penchant sur la question du génocide rwandais.
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Quand Obama prie,
Big Brother veille
ETATS-UNIS (3 août 2008)- Lors de son récent périple moyen-oriental (Afghanistan, Irak, Israël), Barack Obama a, le 24 juillet, diplomatiquement sacrifié à la coutume : il s’est recueilli devant le Mur des lamentations, à Jérusalem, puis a glissé dans un interstice entre deux pierres une prière griffonnée sur un bout de papier. Le problème est que, après le départ du candidat démocrate à la présidentielle américaine, un journaliste du quotidien populaire Maariv a eu l’invraisemblable indiscrétion de récupérer ladite prière - l’acte le plus intime qui soit ! - et de la livrer en pâture à ses lecteurs. Lesquels ont, dans l’ensemble, modérément goûté le procédé.
Obama y demande à Dieu de le protéger, lui et sa famille, de lui pardonner ses péchés et de l’aider à faire ce qui est droit et juste. Rien de grave, sans doute, mais sait-on jamais avec un fils de musulman, fût-il adepte de l’Église unie du Christ ? Savez-vous qu’il n’exclut pas a priori de discuter avec Ahmadinejad, le monstre de Téhéran ? Imaginez une seconde que, à deux pas du saint des saints, il ait suggéré au maître de l’univers de rayer Israël de la carte ! Heureusement, Maariv veille…
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Affrontements interpalestiniens
"Qui a tué Watan ?"
Par Soufiane BEN FARHAT
Face à l’implacable accomplissement des faits et à la sourde spirale de la tragédie, il reste le réconfort des mots. Fut-il dérisoire.
Les Palestiniens en savent quelque chose. Eux qui, depuis des décennies, n’en finissent pas d’arpenter le chemin de croix de la douleur et les voies tortueuses de la souffrance.
Cela est d’autant plus insoutenable par moments que le bourreau n’est guère celui auquel on s’attend. Seigneur, protège-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge. Le proverbe sied on ne peut mieux aux affrontements interpalestiniens sanglants et meurtriers des derniers jours.
Des images insupportables ont fait le tour du monde entier. Des Palestiniens en sous-vêtements, encadrés par des soldats israéliens, fuyaient la bande de Gaza au bout d’une cauchemardesque chasse à l’homme. Elles dégageaient une irrépressible impression d’humiliation. Une bien navrante triple déchéance. Celle du tortionnaire d’abord, celle de la victime ensuite et celle de l’impuissant témoin que nous sommes enfin. Triple revers démentiel de l’offense faite à tous.
Abordant la dualité des irréconciliables (Fatah et Hamas), un Palestinien en est arrivé à dessiner la genèse d’un discours politique schizophrène. Spectateur engagé, il a fustigé les "passages à l’acte où chaque camp agresse l’autre sur les fronts médiatique, culturel et politique, mais aussi militaire – ce qui est plus grave".
Moins directs mais non moins percutants, d’autres palestiniens s’en sont remis à l’artistique mise en lumière des sombres faits. Dans une pièce de théâtre, ils veulent percer l’énigme de ceux qui ont assassiné Watan, un enfant de 12 ans tué au cours des affrontements entre le Fatah et le Hamas. Sur la scène du plus grand théâtre de Gaza, une douzaine de jeunes gens pointent un doigt accusateur en direction de leurs aînés arborant des drapeaux des innombrables factions de la résistance palestinienne. Leur quête est comme le grondement d’un effrayant tremblement de terre : "Qui a tué Watan?" interrogent-ils en boucle sur fond de leurs doigts accusateurs.
Des milliers de Palestiniens ont suivi le spectacle, tantôt électrifiés, tantôt tétanisés sous le choc de leur vérité mise à nu. Des scènes particulièrement dramatiques reproduisent certaines des séquences les plus douloureuses des affrontements fratricides: des rivaux défenestrés du haut de tours de 15 étages, des civils pilonnés, des frères s’abîmant en invectives et démonisations réciproques. Le faisceau d’indices des preuves accumulées désigne l’évidente culpabilité des hommes armés. Toutefois, la pièce s’achève bien avant que les jurés ne se prononcent.
Dès lors, le public est invité à juger. Son verdict est implacable.
Le metteur en scène s’en est expliqué sur les colonnes du Ha’Aretz, journal israélien : “Ça suffit de rejeter la responsabilité de nos problèmes sur les Israéliens. Il est temps de condamner ceux d’entre nous qui sont en train de causer la perte de notre peuple…Je voulais que les spectateurs deviennent eux-mêmes juges. A la fin de la pièce, des enveloppes sont distribuées au public pour qu’il rende lui-même son verdict. Certains spectateurs, invoquant l’habituel argument de l’occupation israélienne, sont pour l’acquittement, mais la grande majorité rejettent la plupart des responsabilités sur les membres du Hamas et du Fatah…Ce sont les véritables responsables de la mort de Watan. A cause d’eux, notre patrie est perdue. Quelqu’un a même proposé de les exécuter à La Mecque”.
Il est toujours permis d’exagérer pour dire une vérité. Et cette vérité s’apparente hélas à la pointe acérée d’un poignard que chacun de nous en est réduit à avaler avec son sang. Et puis on sait que, par moments, le scandale ce n’est pas de cacher la vérité, mais de ne pas la dire toute entière.
Seul réconfort : c’est généralement lorsque l’horreur atteint les combles insensés de son vertige que les hommes s’accordent à dire "plus jamais ça". Encore faut-il que les premiers protagonistes voient eux-mêmes la grimace de l’horreur plutôt qu’ils ne frayent avec elle de compères à compagnons…
S.B.F
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La "question de Kirkouk", épée de Damoclès
Par Soufiane Ben Farhat
Les Irakiens semblent irrémédiablement résignés à vivre avec le syndrome du pompier pressé. Sitôt un foyer de tension éteint, d’autres ressurgissent de plus belle.
Bien qu’une voiture piégée ait fait avant-hier quinze morts et des dizaines de blessés à Bagdad, les attentats n’en sont pas moins de plus en plus rares dans la capitale, cinq ans après l’invasion américaine.
Mais, ici plus qu’ailleurs, ce qui est de prime abord évident n’est pas forcément vrai.
Ainsi les observateurs craignent-ils légitimement que les tensions à Kirkouk dans le Nord ne compromettent les maigres et somme toute hypothétiques acquis en matière de sécurité. Toujours avant-hier, le Parlement irakien n’a pas réussi pour la deuxième fois consécutive à réunir le quorum nécessaire pour voter la loi électorale. Du coup, c’est l’incertitude quant à la date des élections provinciales sur fond d’une crise politique qui en rajoute au brasier des tensions ethniques.
En effet, ce qu’il est convenu de qualifier désormais de "laquestion de Kirkouk" semble bien préfigurer une immense instabilité politique qui déborde les seules frontières de l’Irak.
Déjà, ces derniers jours, "laquestion de Kirkouk" fait l’objet de manifestations récurrentes. Pis encore, il y a un peu plus d’une semaine, un attentat suicide a ensanglanté l’une de ces manifestations par une vingtaine de morts.
La principale pomme de discorde du texte controversé de la loi électorale porte en fait sur le statut de Kirkouk. Les Kurdes souhaitent inclure cette ville dans leur région autonome du Kurdistan tandis que les Arabes et les Turkmènes habitant Kirkouk souhaitent qu’elle demeure sous le contrôle du gouvernement central.
Le texte de loi a bien été adopté le mois dernier. Cependant, les députés kurdes ont boycotté la session. Lui-même kurde, le Président irakien Jalal Talabani a depuis jugé la loi inconstitutionnelle et l’a renvoyée au Parlement. En Irak, toute loi doit impérativement être approuvée par les trois membres du Conseil de la présidence, dont Talabani est partie intégrante. La loi rejetée par Talabani stipule le report des élections provinciales à Kirkouk, tout en attribuant un nombre fixe de sièges par groupe ethnique et en remplaçant les forces de sécurité "peshmerga" (kurdes) par des troupes issues d’autres régions d’Irak.
De son côté, la Turquie semble aux aguets. Ankara voit d’un mauvais œil l’intégration de Kirkouk, qui renferme certains des gisements pétrolifères les plus importants de la planète, dans le giron du Kurdistan autonome. Certains leaders kurdes souscrivent volontiers qu’un tel état de fait soit le prélude à un vaste Etat kurde indépendant.
Les Etats-Unis pour leur part ne cachent guère leur déception. Ils espéraient que la loi électorale contribue à la réconciliation en permettant aux Sunnites de participer aux élections, contrairement à leur boycott des dernières élections provinciales de 2005. Il en est résulté alors une situation anachronique caractérisée par la sous-représentation des Sunnites, même dans des régions où ils sont majoritaires.
Bref, "la question de Kirkouk" pèse aujourd’hui sur l’avenir de l’Irak comme une épée de Damoclès. On peut même affirmer sans exagérer que la configuration et les contours de l’échiquier politique de la région à moyen terme en dépendent dans une large mesure.
D’où le désarroi du Premier ministre Nouri Al-Maliki, obligé de naviguer à vue et par moments à reculons. Al-Maliki n’avait pas besoin de cette nouvelle épine au pied. Les violences étant retombées au niveau du début de 2004, le gouvernement Al-Maliki a élaboré un processus de négociations avec les Américains sur un accord de sécurité qui fixerait une échéance pour le retrait des forces de combat américaines d’Irak.
Dès lors, on comprend que "la question de Kirkouk" soit perçue dans les cercles politiques et sécuritaires irakiens et américains comme une véritable bombe à retardement.
Cela est d’autant plus préoccupant que les jeux d’influence impériale n’en finissent pas de tisser leurs subtiles toiles d’araignée en Irak. Les jeux d’alliances et de contre-alliances menacent de faire basculer à tout moment l’équilibre précaire irakien en un vaste déséquilibre catastrophique. Et les attitudes tranchées des protagonistes visibles — sans parler de ceux tapis dans l’ombre — en rajoutent aux appréhensions et expectatives les plus raisonnablement pessimistes.
S.B.F.
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Karadzic devant le TPIY
Détention dorée et souvenirs macabres
Par Soufiane BEN FARHAT
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