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Criminels et falsificateurs
Par Soufiane Ben Farhat
Qui récuse le plus récuse le moins serait-on tenté de dire. Si Israël fait fi depuis des décennies de la légalité internationale, pourquoi s’embarrasserait-il d’un énième rapport d’une ONG ? Et puis, à quoi servent les rapports dès lors que leur praticabilité est nulle ? Hier, Amnesty International a publié son rapport sur la guerre israélienne de Gaza de décembre-janvier dernier. Un rapport accablant à plus d’un titre. Même si, comme toujours, des excès de scrupules renvoient dos à dos le bourreau et la victime, l’iniquité et le droit.
Toujours est-il qu’on ne saurait faire écran au soleil par un simple tamis. Au bout du compte, les prismes déformants demeurent impuissants face au poids des faits. Ainsi, dans ce rapport, Israël est-il nommément responsabilisé pour avoir "violé les lois humanitaires internationales" lors de la funeste opération baptisée "Plomb durci". Le constat est effarant. Il réitère, tout en les validant, ce que tout le monde sait déjà. Ce que tout le monde a vu en direct sur les écrans télé. Les autoroutes de la communication ont, eux aussi, leur aspect macabre. Plus de 1400 Palestiniens tués, quelque 5000 blessés, destruction systématique de larges secteurs de la bande de Gaza. Israël a semé la mort et la désolation aveuglément sans avoir "distingué entre cibles civiles et militaires". L’inévitable résultat s’est révélé un carnage : "Mort de centaines de civils désarmés dont 300 enfants, 115 femmes et 85 hommes âgés de plus de 50 ans". Ceci sans parler des dizaines de civils palestiniens, y compris les enfants, utilisés par la soldatesque israélienne comme boucliers. Ainsi étaient-ils maintenus à proximité des lieux investis par les détachements israéliens. Ailleurs, ils sont forcés d’examiner de près les objets suspects ou soupçonnés d’être piégés.
Bref, il y a là tous les ingrédients des crimes de guerre. Israël en est directement accusée au fil des 120 pages du rapport d’Amnesty.
Le dispositif dudit rapport est clair. En premier lieu, il est préconisé de mettre en place un embargo "total et immédiat" sur les armes à destination d'Israël. En second lieu, la communauté internationale est interpellée en vue de "soutenir sans réserve la mission" du Conseil des droits de l'Homme de l'Onu chargée d'enquêter les crimes de guerre israéliens à Gaza. Jusqu’ici, Israël s’est contenté de boycotter cette mission. Royalement et impunément.
Comme on s’y attendait, Israël s’est empressé de vouer le rapport d’Amnesty aux gémonies. A en croire le communiqué du porte-parole de l’armée d’occupation israélienne, "le ton général du rapport démontre que l'organisation a succombé aux manipulations du Hamas, une organisation terroriste". Et comme le ridicule ne tue pas, le porte-parole s’est permis une sortie digne des plus grands faux-monnayeurs: "Le rapport ignore les efforts déployés par l'armée israélienne pour éviter au maximum que soit porté atteinte à des civils non-combattants". Pour faire mieux dans la falsification de l’histoire immédiate, il faut se lever tôt.
Encore heureux les rédacteurs du rapport de n’avoir pas été accusés d’être eux-mêmes des terroristes. Dans son sourd délire, Israël voit des terroristes partout. Incurable maladie. Esquissez la moindre critique de la politique israélienne et vous vous retrouvez dans le collimateur. Vous êtes chargé de tous les maux. Négationniste, antisémite et terroriste de surcroît. La totale. Des accusations tellement galvaudées et dirigées à tout bout de champ
qu’elles sont devenues anodines. Des mots justes pour signifier l’esbroufe.
S.B.F
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L’Irak à quitte ou double
Par Soufiane Ben Farhat
La vraie épreuve pour les Irakiens débute maintenant. Dès hier à la première heure, les unités de combat américaines ont quitté Bagdad et tous les centres urbains irakiens. Le retrait complet des troupes US du pays est supposé intervenir avant la fin de 2011. Il ne faut en effet guère oublier que 130.000 soldats américains sont toujours stationnés en Irak. Entre-temps, 30 bases militaires devaient encore être remises aux forces militaires irakiennes.
Les attentats sanglants particulièrement meurtriers des derniers jours incitent cependant à la circonspection. Ici et là, l’on s’interroge légitimement. L’on spécule et extrapole. Les forces irakiennes sont-elles prêtes à prendre la relève pour assurer la sécurité ?
En fin de compte, les troupes US auront fini là où elles ont débuté. Bien qu’ayant donné l’impression d’avoir écrasé l’ancien régime, ses forces et ses institutions politiques, elles n’ont cessé de faire du surplace. La résistance irakienne les a empêchées de jouir de la victoire. Dès lors, cette dernière s’est avérée au bout du compte illusoire, sinon indéfiniment renvoyée aux calendes grecques. Ajoutons-y l’irruption de la nébuleuse Al Qaïda dans l’échiquier politique irakien à la faveur paradoxalement de l’occupation américaine. Et l’on comprendra l’étendue de l’inextricable embrouillamini.
Il faut se fier aux évidences. L’Irak d’avant 2003 constituait un solide rempart contre Al Qaïda. Son régime laïc récusait les positionnements politiques sur des bases ethniques et confessionnelles. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’Irak est régenté sur la base d’un partage confessionnel et ethnique. Un équilibre catastrophique y préside. Deux vieux ennemis s’y côtoient allègrement si l’on peut dire : les USA et l’Iran. Dans l’Irak post-Saddam, même Téhéran a sa "part" de zone d’influence à travers les interstices du nouvel édifice institutionnel. Et ladite influence ne semble pas prête de s’essouffler de sitôt.
En somme, l’Irak est le seul pays du Proche-Orient à faire l’unanimité d’invétérés rivaux. Israël et les Etats-Unis d’Amérique d’une part, l’Iran et ses alliés de l’autre ne s’étripent point sur l’Irak. Un modus vivendi de fait, délibérément tu ou publiquement inassumé fait l’affaire de toutes les parties. Quitte à continuer à s’étriper à mort ailleurs.
Maintenant, la donne change un peu. Une chose est d’assurer la sécurité (ou l’illusion de sécurité) par les soins de l’armée américaine. Une autre est celle de s’y appuyer sur un corps local cent pour cent irakien. Une partie des Irakiens eux-mêmes appréhendent cette nouvelle évolution. Tels les fameux détachements et milices sunnites sahoua dressées et mobilisés contre Al Qaïda en Irak. Ils redoutent le retrait des troupes américaines comme une terrible menace. Affectés directement dans certains des théâtres les plus chauds des confrontations, ils savent de quoi cela retourne.
Les Irakiens ont tout le loisir de fêter le retrait des troupes américaines de leurs villes. Soit, rien de plus légitime. Mais la clé de voute de la pérennité du nouvel édifice en gestation est ailleurs. L’essentiel est de ne pas céder aux sirènes des affrontements intercommunautaires. Et d’endosser jusqu’au bout la qualité pour agir. Autrement, à force de caresser le cercle vide, celui-ci devient vicieux. Pervers et maléfique pour tous sans exception.
Aujourd’hui plus que jamais, l’Irak est à quitte ou double.
S.B.F
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Cynisme israélien, mansuétude occidentale
Par Soufiane Ben Farhat
La tromperie israélienne n’a pas de limites. Et la mansuétude occidentale à son endroit est révoltante. Rien que sur la question des colonies de peuplement juives en Cisjordanie, Israël en fait à sa guise. En dépit de la légalité internationale. Et de la ferme conviction des opinions mondiales. Pourtant la volonté unanime est on ne peut plus explicite. Trouver une issue définitive à ce serpent de mer qui hypothèque la paix et la sécurité planétaires depuis plus de soixante ans.
Prenons les titres des dépêches des dernières vingt-quatre heures. "Netanyahu espère des "arrangements" avec Obama sur les colonies". "Netanyahu et Sarkozy s'accordent sur l'Iran, pas sur les colonies". "La rencontre Netanyahu-Mitchell reportée pour cause de divergences sur les colonies".
Avec le gouvernement Netanyahu, cela commence mal. Et cela promet de finir pire. Le maximalisme appelle le maximalisme. Tôt ou tard, les tambours de la guerre et les sinistres bruits des bottes des soldats se feront entendre. De nouveau, tragiquement, désespérément.
Et l’on n’en est encore qu’à l’un des volets dits épineux. On n’en est pas encore aux questions du droit au retour des millions de réfugiés Palestiniens, du statut d’Al Qods (Jérusalem) ou des frontières de l’Etat palestinien.
Chaque fois, Israël invoque des faux-fuyants. Des dirigeants occidentaux n’y croyant guère y adhèrent. Et appellent leurs opinions à gober les balivernes comme des veaux.
Les dirigeants israéliens mentent. Et l’on nous invite à avaler les grosses couleuvres. Pourquoi ? Parce qu’Israël est l’enfant chéri d’un Occident officiel encore complexé. Croulant sous le poids du sentiment de culpabilité, du péché non absous, savamment maintenu vivace. La diabolisation chrétienne du juif, les pogroms au fil des siècles, l’holocauste. Et parce que, aux yeux de ces mêmes Occidentaux officiels, le sang palestinien et arabe, les droits arabes et musulmans n’ont guère de valeur.
On s’emballe ces derniers jours un peu partout, dans les pays occidentaux notamment, sur l’Iran. De légitimes revendications et frictions internes sont captées en bonne et due forme par les dirigeants israéliens. Netanyahu a même promis de "composer autrement" avec un Iran autrement dirigé. Comprendre : il s’abstiendrait d’ordonner de bombarder l’Iran à condition qu’il change de direction politique. N’est-ce pas de l’ingérence musclée de surcroît ? Personne n’y trouve rien à redire.
On a l’impression par moments que la place publique est devenue le lieu privilégié de l’hypocrisie. Ainsi, le gouvernement israélien agite-t-il l’argument de la "croissance naturelle" pour justifier la poursuite de la construction dans les colonies de peuplement en Cisjordanie. Pourtant, les statistiques israéliennes parlent d’elles-mêmes. Ainsi est-il démontré que les Israéliens qui partent s'installer en Cisjordanie représentent plus du tiers de la croissance démographique des implantations juives dans le territoire palestinien. Le Bureau central des statistiques israélien a rendu publiques des données troublantes : 36% de l'ensemble des nouveaux colons en Cisjordanie viennent d'Israël ou directement de l'étranger. Les migrants en provenance d'Israël et de l'étranger ont représenté 5.300 des 14.500 nouveaux colons recensés en 2007. Les données du bureau central israélien des statistiques sont un véritable réquisitoire. Chaque année entre 1999 et 2007, le flux migratoire a représenté entre un tiers et la moitié de la croissance du nombre de colons. Entre 2006 et 2008, Israël a achevé la construction 5.503 appartements en Cisjordanie et en a mis en chantier 5.125 autres, selon le Bureau des statistiques israélien.
La migration usurpatrice a ainsi des motifs plutôt véreux. Les gens sont attirés par des logements bon marché. Et le gouvernement israélien les encourage par calcul politique. Tout en agitant des faux-arguments qui ne trompent plus leur monde.
Israël exige du Hamas notamment la reconnaissance de la fameuse Feuille de route pour la paix au Proche-Orient. En y adhérant en 2003, Israël lui-même s'était engagé à geler les activités de construction dans les colonies, y compris celles liées à la croissance naturelle. Il n’en fit rien. Absolument rien.
Par le fait accompli, plus de 300.000 colons israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie. Par ailleurs, l’annexion d’Al Qods-Est en 1967 par l’armée d’occupation israélienne n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. Cela n’empêche pas 180.000 colons israéliens d’y vivre.
Et dire que le gouvernement israélien a pris l’initiative d’annuler la rencontre prévue hier à Paris entre Netanyahu et l'émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, en raison de divergences sur les colonies. Le comble du cynisme.
S.B.F
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Clichés du drame en Somalie
Par Soufiane Ben Farhat
La photo est intensément dramatique. Quelque part, dans une place en terre battue, quatre jeunes gens se tiennent debout. Ils sont encadrés de loin par des hommes armés. Visiblement des miliciens. Plus loin, au fond, une foule bigarrée, agglutinée au pied d’arbres désolés pour un spectacle de fortune. Trois des jeunes gens ont les bras croisés. Et trois d’entre eux ont la mine affligée. Sauf celui du premier plan. Un enfant apparemment. Sa curiosité semble aiguillonnée par l’appareil photo.
Pris avant-hier à Mogadiscio, le cliché représente les "assises" d’un procès expéditif en plein air. Les islamistes somaliens Al Chabaab étaient en passe de condamner dans un quartier de Mogadiscio quatre adolescents coupables de vol. La sentence du cheikh Abdul Haq, "juge" de la charia, dans le quartier de Suqa Holaha à Mogadiscio, tombe. Ils sont condamnés à avoir chacun une main et une jambe coupées. Ils avaient notamment dérobé des téléphones portables.
L’actualité choque. La toile planétaire offre un éventail affligeant du registre du drame en somalie. Insoutenables images d’un pays d’Afrique livré à l’anarchie. Le même jour, le Président somalien en sursis cheikh Sharif Sheikh Ahmed a décrété l'état d'urgence dans tout le pays. Un pays que le gouvernement ne contrôle plus, hormis un secteur de la capitale et une ville frontière. L’insurrection islamiste, contrôle en partie le sud du pays, notamment le port de Kismayo, et la majeure partie des quartiers de la capitale.
Au moins 200 civils ont été tués dans les affrontements de ces dernières semaines. Pas moins de 126.000 personnes ont été déplacées depuis le 7 mai. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés précise bien que 3,2 millions de Somaliens ont besoin d'aide humanitaire. Soit près de la moitié de la population du pays.
Le gouvernement somalien a également réclamé une intervention militaire internationale d’urgence "dans les quarante-huit heures". Samedi, les députés somaliens avaient réclamé une intervention militaire immédiate de leurs voisins, Kenya, Ethiopie et Djibouti. Personne n’a répondu à l’appel. Le gouvernement kenyan a fait savoir avant-hier qu'il ne comptait pas envoyer de troupes. Il y a deux ans, l'Ethiopie était intervenue militairement en Somalie pour chasser les islamistes qui s'étaient emparés de Mogadiscio. Ses troupes sont reparties en janvier sous les coups de boutoir de l’insurrection. Addis-Abeba a bien dépêché de nouvelles troupes à la seule frontière cette fois le mois dernier.
L'Union africaine a réitéré son soutien à la Somalie. Comme toujours depuis dix-sept ans. Sans envisager pour autant l’envoi de nouvelles troupes en renfort aux soldats déjà déployés à Mogadiscio. Il est vrai que leur mandat se limite à la protection des seules installations gouvernementales. Le gouvernement somalien "a le droit de réclamer l'aide des Etats membres de l'Union africaine et de la communauté internationale plus largement", a déclaré le président de la Commission de l'UA, Jean Ping.
Alors tout le monde regarde. Comme dans un film où les Mad Max s’apprêtent à donner l'assaut final. Cette fois, les miliciens d’Al Chabaab semblent en passe de chasser le gouvernement de son avant-dernier bastion de Mogadiscio.
Encore une fois, le drame somalien. Encore une fois, l’incurie panafricaine et internationale. A la faveur de cette crise latente, de nouvelles excroissances perverties ont vu le jour. Les pirates somaliens font parler d’eux depuis quelque temps. Le bras de mer au large de la Corne de l’Afrique est devenu incontestablement l’un des plus dangereux au monde. La sécurité du golfe d’Aden, un des couloirs de navigation les plus fréquentés de la planète, est sérieusement hypothéquée. Les pirates somaliens ont même élargi leurs raids dévastateurs aux eaux de l’océan Indien, à l’Est des côtes somaliennes. Flibustiers modernes, ils écument une région de plus de deux millions et demi de km2. Soit l’équivalent de la mer Méditerranée et de la Mer rouge.
Et ce n’est qu’un début. La parodie du procès expéditif d’avant-hier à Mogadiscio en dit long sur les risques et périls à venir. La communauté internationale n’a pas le droit de détourner son attention. D’une manière ou d’une autre, elle sera tragiquement interpellée par la tournure désolante, voire ravageuse, des faits. Si ce n’est déjà consommé.
S.B.F
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Présidence tchèque de l’UE
Une parenthèse pro-israélienne
Par Soufiane Ben Farhat
La présidence tournante tchèque de l’Union européenne est assurément à oublier. Passe encore pour son euroscepticisme avéré. On ne peut franchement pas assumer la présidence d’une instance si prestigieuse tout en la réfutant à tout bout de champ. Il faut assumer, dans un sens comme dans l’autre. L’UE, c’est le cas de le dire, on l’aime ou on la quitte. On ne peut la présider et la récuser en même temps. Quand on s’avise de choisir entre la peste et le choléra, il y a risque d’être emporté par les deux fléaux.
Sur le plan international, la présidence tchèque de l’UE a été plus que problématique. Elle s’est caractérisée par un alignement sans faille des dirigeants tchèques sur la politique va-t-en guerre israélienne. Cela a commencé avec la guerre meurtrière israélienne dans la bande de Gaza en décembre-janvier derniers. Alors que les engins de combat israéliens mettaient la bande de Gaza à feu et à sang, Jiri Potuznik, porte-parole de la présidence tchèque, a raté une occasion de se taire. A l’en croire dans son communiqué du samedi 3 janvier 2009, "à l’heure actuelle et à la lumière des événements des jours derniers, nous estimons que cette mesure constitue une action défensive, et non offensive" !
Plus tard, Prague quittera, sans se concerter avec ses partenaires européens, la conférence de Genève sur le racisme (Durban II). Motif, Israël y est critiqué par les représentants de l’écrasante majorité de la communauté internationale. Et la récidive pro-israélienne ne s’en tient pas là, loin s’en faut. Dans un entretien au quotidien israélien Haaretz du 26 avril, Mirek Topolanek, Premier ministre tchèque a critiqué la commissaire européenne chargée des relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Son "tort" c’est d’avoir "osé" réitérer une position de principe européenne. Elle venait de rappeler le refus de l’Union européenne de rehausser son accord d’association avec Israël tant que ce dernier ne s’engage pas en faveur de la création de deux Etats. Selon Mirek Topolanek, il s’agit d’une "déclaration vraiment hâtive qui ne vaut que ce que valent les déclarations d’un commissaire". Benita Ferrero-Waldner lui a simplement rappelé la décision adoptée par le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement en décembre 2008. "Je lui conseille de lire les conclusions du Conseil", s’est-elle contentée de rétorquer. Dans ce même entretien au Haaretz, Topolanek s’en est pris à l’Union européenne coupable, à l’en croire, de "sous-estimer" la menace que représenterait l’Iran pour Israël.
Dans le registre du plus catholique que le pape, on ne peut faire pire.
Les Européens en râlent. Et se consolent en pensant que Prague passera le témoin de la présidence tournante à Stockholm le 1er juillet. Un diplomate français de haut rang a déclaré tout récemment "j’ai dit à un collègue suédois que rarement une future présidence n’était attendue avec autant d’impatience" (cité par Jean Quatremer "La présidence tchèque, de Charybde en Scylla" avril 2009).
Directeur tchèque de Science-Po Dijon, Lukas Macek s’insurge dans Mladá Fronta DNES, le premier grand quotidien national de Tchéquie. "La République tchèque a beaucoup fait parler d'elle pendant ses six mois à la tête de l'Union. Mais c'est pour son euroscepticisme et son manque d'ambitions…C’est une chance gâchée…Nous nous plaignons toujours d’être une petite nation qui ne peut s’imposer. Et donc, nous ne faisons rien, en nous disant avec contentement : 'Ben voilà, nous l’avons toujours dit, tout est dicté par les Français et les Allemands !'. La présidence aurait pu nous redonner confiance. Elle aurait pu montrer que nous sommes un pays d’Europe qui sait gagner le respect des autres nations et obtenir des résultats…Ce sont avant tout nos politiciens qui font la réputation de la République tchèque dans l’Union européenne et lui permettent d’être influente. Ils ont échoué à leur examen européen".
C’est un membre de la famille qui témoigne (wa chahida chahidoun min ahliha come l’instruit le verset coranique). Il ne saurait être taxé de tchéco-scepticisme.
Osons espérer que la présidence tchèque de l’UE sera au bout du compte une anachronique parenthèse pro-israélienne. En laissant faire les élucubrations et hallucinations pro-israéliennes à la tête de ses institutions, l’Europe se dessert on ne peut pire. Lorsqu’on cherche ses alliés au loin et ses ennemis à proximité, on tente le diable. A ses risques et périls.
S.B.F
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De l’Afghanistan au Pakistan
A l’Ouest, rien de nouveau
Par Soufiane Ben Farhat
Les nouvelles du Pakistan sont désormais les nouvelles du front. Hier, des drones américains ont tiré des missiles sur des groupes d'activistes dans la région tribale pakistanaise du Sud-Waziristân, sur la frontière afghane.
De son côté, l'armée pakistanaise a annoncé il y a trois jours être dans "la phase préliminaire" d'une vaste opération anti-Talibans dans le Sud-Waziristân.
Très attendue, l’opération est observée de près par les Etats-Unis d’Amérique. Il n’est un secret pour personne que le Sud-Waziristân sert de sanctuaire aux Talibans pour leurs opérations en Afghanistan.
La phase préalable semble avoir débuté. L'armée pakistanaise a multiplié ses raides ces derniers jours dans la province. De même, des convois militaires transportant des chars et de l'artillerie lourde ont été vus à sa lisière.
Seulement, les observateurs sont circonspects. Lancée en trombe il y a un peu plus d’un mois, l’opération de l’armée pakistanaise contre les Talibans dans la vallée de Swat piétine. Elle s’est soldée jusqu’ici par un nombre élevé de morts dans les deux camps. Et surtout, elle a fait quelques deux millions et demi de déplacés. Le désastre est tel que l’Union européenne a consenti avant-hier soixante-douze millions d’euros d’aide destinée à soutenir les deux millions de personnes déplacées de la vallée de Swat. Pour ce faire, l’UE en est réduite à racler ses fonds de caisse. Elle compte débloquer immédiatement 20 millions d’euros au profit des populations déplacées par les combats dans la vallée de Swat. De son côté, la Commission européenne invitera les Etats membres à puiser 52 millions d’euros supplémentaires dans un fonds de réserve.
L’insuffisance des fonds mobilisés à cet effet pose problème. Paradoxalement, en effet, l’exode massif des populations sinistrées risque de faire le lit de l’extrémisme. Aux dires d’ONG comme Oxfam et Action Aid, l’afflux de réfugiés en situation précaire est le pain bénit des radicaux islamistes. Il risque fort bien de favoriser les organisations extrémistes promptes à aider les hordes humaines dans le besoin.
C’est dire les risques et périls de l’embrouillamini dans lequel les autorités pakistanaises se retrouvent embarquées à leur corps défendant.
La problématique de l’extrémisme taliban au Pakistan est en fait un effet pervers de la guerre d’Afghanistan. Les Pakistanais subissent les contrecoups de la navrante incurie occidentale en Afghanistan. Mobilisant plus de cent mille soldats armés jusqu’aux dents, les USA et l’Otan peinent piteusement à sécuriser l’Afghanistan et y mater l’insurrection talibane.
Dès le début, les Américains ont assimilé les Afghans à de piètres gardiens de chèvres. Or, il est communément admis que l’Afghanistan est le tombeau par excellence des empires. Et que les Afghans sont de valeureux combattants. Tous les conquérants en ont fait l’amer constat. Des armées d’Alexandre le Grand en 329-327 avant Jésus-Christ aux armées soviétiques à la fin du XXème siècle, en passant par les Séleucides, les Parthes, les Hindoues, les Perses, les Turcs, les Russes et les Anglais. Seule la greffe islamique apportée par les Arabes y a subsisté au fil des âges. Elle nourrit un sentiment national particulièrement vivace. A preuve, les Afghans se sont profondément islamisés, mais nullement arabisés.
Faisant fi des enseignements de l’histoire, les Américains ont piqué en Afghanistan la tête en avant. Confrontés aux premières résistances, ils ont appelé les troupes de l’Otan à la rescousse. Rajoutant par-là même de nouveaux déboires nord-atlantiques à une déconvenue exclusivement américaine. Ils s’imaginaient pouvoir tuer un moustique avec des nuées de bombardiers stratégiques, ils ont réussi tout au plus à élargir l’amertume de l’échec. Et comme toujours, ce qui commence dans l’équivoque, finit dans la compromission.
Aujourd’hui, les Américains forcent la main des Pakistanais. Et si les Américains et l’Otan échouent depuis huit ans contre les Talibans, comment voudrait-on que le Pakistan en vienne à bout ?
Cela rappelle la fin du chef-d’œuvre d’Erich Maria Remarque sur l’absurdité de la guerre : "Il est tombé en octobre 1918, un jour où tout était si tranquille et calme sur le front que le rapport de l’état-major tenait en une phrase : A l’ouest, rien de nouveau".
S.B.F
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On a beau être aveugle, on voit bien qu’elle est noire
Par Soufiane Ben Farhat
"J’ai beau être aveugle, je vois bien qu’elle est noire". C’est la phrase devenue proverbiale prononcée le 10 juin 1940 par un aveugle sicilien que tout le monde appelait mastru Pietru. Devant une fontaine publique, des femmes qui attendaient leur tour pour puiser l’eau l’interrogèrent sur la guerre que Mussolini avait déclarée ce jour-là à la France et à l’Angleterre. En somme, selon maître Pierre, ça allait mal finir.
On ne peut s’empêcher de penser autant du discours de dimanche soir du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Récapitulons ses propos :
- Il s'est dit "ouvert" à un Etat palestinien "démilitarisé".
- Il a refusé de geler l'expansion des colonies de peuplement juives existantes en Cisjordanie.
- Il a réaffirmé Al Qods (Jérusalem) capitale une et indivisible d'Israël.
- Il n'a guère mentionné l'initiative de paix arabe, qui offre la normalisation des relations avec les pays arabes en échange du retrait des territoires occupés en 1967.
- Il a opposé une fin de non-recevoir au droit au retour des réfugiés palestiniens.
- Il a demandé aux Palestiniens une reconnaissance "sans équivoque" d'Israël comme "Etat juif".
Dans le registre des surenchères préfigurant de sombres perspectives au Proche-Orient, on ne peut faire pire. Fidèle à sa logique va-t-en-guerre, Netanyahou anticipe les ingrédients de drames à venir dans cette région déjà explosive.
D’ailleurs, les faucons du gouvernement ultraconservateur israélien ne s’y sont pas trompés. Avant-hier, Yisrael Beitenou et le Shas ont particulièrement applaudi les innombrables entraves posées par le Premier ministre israélien à toute souveraineté palestinienne. On les savait particulièrement allergiques à l'idée d'un Etat palestinien. Ils jubilent.
A bien y voir, ce n’est pas tellement surprenant. Comme l’instruit le proverbe arabe, de par sa provenance, la chose ne saurait étonner.
Et la facture du funeste est forcément pernicieuse. Que des partisans invétérés de la canonnière s’avisent de mettre le feu aux poudres, c’est du prévisible. Qu’une colonne de racistes demande aux Palestiniens de reconnaître le caractère raciste d’Israël, prétendument Etat juif, c’est du déjà vu et entendu. Une option qui cache un nouveau nettoyage ethnique en perspective en Palestine occupée : le futur transfert des 1,3 millions d’Arabes israéliens musulmans et chrétiens hors Israël.
Ce qui étonne en revanche, ce sont les attitudes européenne et américaine. L'Union européenne a estimé avant-hier que le discours de Netanyahu était "une étape vers la bonne direction" ! Ce faisant, elle s’est basée sur la prétendue évocation pour la première fois par Benyamin Netanyahou de l'idée d'un Etat Palestinien. "L'acceptation d'un Etat palestinien est là" a renchéri le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Kohout, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE.
Etrange qu’on en arrive à spéculer de la sorte, en dépit et aux dépens de la légalité internationale. La résolution onusienne même portant partage de la Palestine et création d’Israël (Résolution 181 du 29 novembre 1947) a stipulé l’existence de deux Etats, dont forcément l’Etat palestinien.
Les Américains ne sont pas en reste. Après avoir donné l’impression d’être en désaccord -cordial il est vrai- avec Israël sur les colonies de peuplement juives, Washington a amorcé le grand bond en arrière. Robert Gibbs, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré que Barack Obama avait salué le discours du Premier ministre israélien tout en "laissant entendre" qu'il faudrait aller plus loin.
Entre-temps que se passe-t-il ? Le maximalisme belliciste israélien renforce les rangs des radicaux presque partout dans le monde arabe et islamique. Rien qu’aux Proche et Moyen-Orient, le topo est significatif. Le Hamas islamiste est toujours maître à bord exclusif de la bande de Gaza. Malgré une guerre israélienne particulièrement dévastatrice et meurtrière dans la bande de Gaza en décembre-janvier derniers. Le Fatah, nationaliste et modéré, est en perte de vitesse même en Cisjordanie. Le potentiel militaire du Hezbollah libanais a plus que triplé depuis la guerre israélienne contre le Liban de l’été 2006. L’Iran ne fléchit pas dans sa politique radicale antisioniste et anti-israélienne. En Afghanistan, 100.000 soldats américains et de l’Otan, armés jusqu’aux dents, n’arrivent pas à mater les redoutables talibans. Leur insurrection a même repris du poil de la bête depuis peu. Au Pakistan, puissance islamique nucléaire, la lutte contre les talibans coûte énormément à l’Etat, hommes et armement compris.
Et le maximalisme sourd et aveugle d’Israël n’en finit pas de jeter de l’huile sur le feu. A ses risques et périls en dernière instance. Parce que, précisément, les lois universelles de la mécanique instruisent que l’action égale la réaction. Et que les incendiaires finissent irrémédiablement par se brûler eux-mêmes.
Le sicilien maître Pierre avait raison.
S.B.F
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Elections européennes
Les républicains américains triomphent en Europe
Par Soufiane Ben Farhat
L’Europe prend-t-elle d’aventure le témoin du conservatisme US ? D’éminents analystes y souscrivent à la lumière des élections européennes de dimanche dernier. "En novembre dernier, les enquêtes d'opinion prétendaient que plus de 70% des Européens auraient voté pour Barack Obama contre John McCain… Or, pour qui viennent de voter une majorité des Européens ? Pour John Mc Cain. En confirmant le poids d'un Parti populaire européen jusqu'aux confins du souverainisme le plus obtus et du populisme le plus rance, une partie décisive des électeurs européens a pris le contre-pied du 'changement dans la sérénité', incarné par Barack Obama" écrit l'écrivain et journaliste Jean-Paul Marthoz.
Ainsi, ayant perdu les élections en Amérique, le Parti républicain l’emporterait dans le Vieux continent. Le nationalisme et les replis identitaires des eurocrispés et eurosceptiques néoconservateurs en attestent.
Pour Jean-Paul Mathoz, cela traduit l’affaiblissement du "soft power européen" sur la scène mondiale. Comprendre, l’"attrait que l'Europe avait si longtemps suscité dans des pays du Sud, séduits par son processus d'intégration et l'équilibre de son modèle économique et social".
Le rappel des faits n’est pas vain. Marthoz cite la création, en 1983 à Londres, de ladite Union démocrate internationale, regroupant le parti républicain américain, le Parti populaire européen et des partis d’extrême droite d’Amérique latine. Ainsi, l’actuel glissement à droite de l’Europe serait-il le fruit d’un mouvement de fond, initié de longue date.
Seulement, cette nouvelle donne intervient au moment même où les Etats-Unis d’Amérique mettent le cap sur de nouveaux horizons, plus démocratiques et moins frileux. C’est même la quintessence de la rupture de la présidence Obama par rapport aux sombres années Bush.
Témoin, la dernière visite de trois jours effectuée par le Président Obama au Moyen-Orient et en Europe. Le Christian Science Monitor estime que ce voyage était une main tendue pour sortir de conflits difficiles et présenter l’Amérique sous un nouveau jour. "Le président américain a fait appel à la raison, à l’histoire, aux valeurs, à la mémoire et aux aspirations universelles avec une simplicité rarement vue sur la scène internationale. “Obama est en train de court-circuiter les élites. Il se sert de sa popularité à des fins politiques”, explique Charles Kupchan, du Council on Foreign Relations, un think tank de Washington. “Ce n’est pas de la manipulation. Obama essaie sincèrement de toucher le cœur des gens, d’en appeler à leurs instincts les plus nobles et à leur raison. Son approche est révolutionnaire".”
Du coup, l’Europe se retrouve, encore une fois, à la traîne de l’Amérique. Sous l’aspect paradoxal, en l’occurrence, d’un retard d’une contre-révolution néoconservatrice.
En fait, la question est beaucoup plus complexe que de simples postures continentales et intercontinentales. Elle a trait aux dynamiques et sociologie des crises. En Europe, rarement les crises ont abouti immédiatement à des sorties de crise. Dans un premier temps du moins, les crises économiques et financières européennes attisent les positionnements à droite. N’oublions guère qu’aux origines, la première et la deuxième Guerres mondiales, ont été des guerres essentiellement européennes. Ce ne sont que les interventions, par ailleurs tardives, de l’Amérique dans les deux conflits, qui leur ont conféré leur dimension mondiale. Et ces deux guerres ont été précisément intimement liées aux crises économiques et monétaires. Le lien de cause à effet y est patent.
Aujourd’hui, la déliquescence historique de la gauche européenne aidant, la réponse européenne à la crise est en elle-même un ingrédient de crise. Une espèce d’émeute identitaire, conservatrice et crispée. D’ailleurs, dans un rapport récent, le LEAP, groupe d'experts européens, a prévu des troubles sociaux majeurs en Europe pour le quatrième semestre 2009.
Telle est l’opinion souveraine de l’électorat. Soit. Mais comme presque partout ailleurs, les opinions sont sous influence. Particulièrement en ces périodes troubles où elles sont fragilisées par la crise.
S.B.F
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Retour à la case départ au Liban
Israël tente de réenflammer le Cèdre
Par Soufiane Ben Farhat
L’opinion et les médias occidentaux sont sous influence. L’on ne saurait en douter. Les législatives libanaises ont donné lieu à un emballement quasi-universel. A croire que l’avenir de la planète se joue dans ce petit pays de 10.452km2.
On prédisait l’apocalypse. D’autant plus que les sondages donnaient la coalition comprenant le Hezbollah largement favorite. Dans le cas où cette coalition verrait la victoire lui échapper, elle n’hésiterait pas, selon les Occidentaux, à mettre le feu aux poudres. Israël a même agité le spectre d’un Etat "terroriste" chapeauté, selon ses propagandistes, par des "terroristes".
Finalement, il ne s’est rien passé. Les élections se sont déroulées dans la transparence et la quiétude totales. Malgré une campagne vivace et des positionnements tranchés de part et d’autre. Ici comme ailleurs, les esprits s’enflamment par moments. L’autre soir, à l’occasion des élections européennes, le face-à-face entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit a tourné au pugilat. Et les insultes ont fusé sur le plateau de France2.
Au bout du compte, la majorité et l’opposition libanaises ont gardé le même nombre de sièges qu’à l’issue des législatives de 2005. Tous les protagonistes ont accepté les résultats et prôné l’apaisement postélectoral.
L’exercice démocratique, bien que confessionnel, a été sauf. Et c’est le gouvernement israélien qui a tenté de raviver le premier les braises de la discorde au pays du Cèdre. Le ministre israélien des Transports, Israël Katz, a prôné, dès l’annonce des résultats officiels, de procéder au désarmement du Hezbollah. La réplique de ce dernier a été prompte. Député du Hezbollah, Mohammad Raad a déclaré qu'il était hors de question de désarmer : "Il faut que la majorité s'engage à ce que la Résistance soit un sujet non négociable, à considérer que ses armes sont légitimes et qu'Israël est un ennemi".
En fait, les armes du Hezbollah constituent un véritable cauchemar de tous les instants pour Israël. Ouvertement va-t-en guerre, le gouvernement israélien en fait une obsession. L’équilibre de la terreur l’empêche de réaliser ses sombres desseins. Ayant subi de sérieux revers face au Hezbollah dans sa guerre contre le Liban de l’été 2006, l’armée israélienne sait que le potentiel de la Résistance libanaise a triplé. Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a déclaré, lundi 24 novembre 2008, que le Hezbollah possède désormais des missiles "capables d’atteindre Tel Aviv, Ashkelon, Bir Shiba et Dimona. Le parti de Dieu d’Hassan Nassrallah a multiplié par trois, par rapport à la période qui a précédé la seconde guerre du Liban, en 2006, ses capacités militaires. Et il détient aujourd’hui quarante deux mille missiles, alors qu’avant la dernière confrontation avec Israël, il n’en possédait que quatorze mille".
Et le gouvernement israélien est réputé pour avoir plusieurs idées fixes à la fois. Ainsi les dirigeants israéliens sont-ils littéralement obsédés par les perspectives du nucléaire iranien. Au point d’en faire un abcès de fixation. Et de nourrir les stratagèmes les plus monstrueux à ce propos. Mais ils savent également que les armes du Hezbollah pèsent comme une épée de Damoclès sur leurs têtes. Et ils y penseraient à deux fois avant de s’ingénier à attaquer aussi bien le Liban que l’Iran ou la Syrie. Mais Israël n’en voudrait pas moins attraper les châtaignes avec les pattes du chat. Ce qui explique ses exhortations à procéder au désarmement du Hezbollah par des parties libanaises. Ayant lui-même affreusement échoué en la matière, Israël sait pertinemment qu’aucune partie libanaise n’est capable de désarmer le puissant Hezbollah. Il vise en vérité à réenflammer le Cèdre. Et tente de replonger le Liban dans une désastreuse guerre civile tout en faisant d’une pierre deux coups.
Côté libanais, il est encore tôt de prévoir les perspectives postélectorales immédiates. Même si, résultats obligent, tous les protagonistes semblent condamnés à faire du surplace. Il n’y a au bout du compte ni vainqueur ni vaincu, ceux qui l’ont emporté ne disposant pas de la majorité qualifiée des deux tiers. Retour à la case départ donc. Avec les mêmes ingrédients et impératifs majeurs du fameux accord interlibanais de Doha de l’année 2008 qui avait mis fin à une crise institutionnelle d’une année et demie. Impératifs reposant essentiellement sur le dialogue relatif la politique de défense et la gouvernance fondée sur le partenariat et la participation de toutes les parties.
Retour à la case départ ou retour à la case discorde ? Les éléments de réponse sont autant au Liban qu’ailleurs dans le monde. Les perspectives à court terme des relations entre les Etats-Unis d’Amérique, l’Arabie saoudite, la Syrie et l’Iran y pèseront de tout leurs poids.
S.B.F
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Europe, Liban, Iran
Elections à hauts risques
Par Soufiane Ben Farhat
Les férus de brûlante actualité sont servis. Trois élections cruciales pour le devenir du monde en moins d’une semaine. Aujourd’hui, deux scrutins majeurs en Europe et au Liban. Vendredi 12, ce sera au tour de l’Iran.
Pour les élections européennes, on craint le pire des scénarios. Crise et précarité obligent, incurie historique des Socialistes en sus, les partis d’extrême droite jubilent. Résultat, au moins douze partis d’extrême droite pourraient être représentés à Bruxelles et Strasbourg. A la faveur de la conjonction de deux faits majeurs : le fort taux d’absentéisme et la poussée des eurosceptiques.
Commentaire du site paneuropéen Presseurop : "Opposants au traité de Lisbonne, extrémistes ou antilibéraux, les partis contestataires pourraient être les grands bénéficiaires du scrutin. A en croire les derniers sondages et les premiers résultats du scrutin néerlandais, les eurosceptiques devraient être plus nombreux dans le prochain Parlement. L’annonce de l’alliance du Parti conservateur britannique, des Polonais de Droit et Justice et des Tchèques de l’ODS donne des sueurs froides aux partisans du traité de Lisbonne, note le quotidien polonais Dziennik. Le groupe formé par ces trois formations pourrait être la deuxième force politique du Parlement, auquel il faudrait ajouter un autre ensemble eurosceptique mené par Jean-Marie Le Pen et le Néerlandais Geert Wilders. Si les eurosceptiques rassemblent assez de voix, prévient Dziennik, l’Union européenne sera forcée de mettre en sommeil ses projets de diplomatie commune, de président et de ministre des Affaires étrangères. Tous les eurosceptiques ne sont pas extrémistes. Mais ces derniers pourraient être les grands gagnants du scrutin européen".
En somme, tous les espoirs nourris par la présidence française de l’UE il y a un an risquent d’être hypothéqués à long terme.
Au Liban, le bras-de-fer oppose deux coalitions dans un échange sans pardon. D’un côté, des pro-occidentaux anti-syriens à souhait ayant les faveurs de Riyadh, du Caire et des USA. Sans trop s’impliquer, du moins dans les apparences, les Israéliens ne les voient pas d’un mauvais œil. En face, la coalition chapeautée par le Hezbollah et le courant du leader chrétien Michel Aoun, alliée de Damas et de Téhéran. Ayant le vent en poupe, elle suscite l’aversion non dissimulée d’Israël, des Etats-Unis d’Amérique et de certains Etats arabes qui se déclinent sous l’étiquette des "modérés".
Mais on est toujours l’extrémiste d’un plus modéré que soi. Et au pays du Cèdre, pas de quartier. L’exacerbation des tensions intercommunautaires et interconfessionnelles y est au zénith. C’est la guerre de tous contre tous au sein de chaque communauté et confession. Hormis les Chiites, dont le monopole de la représentation est assuré par le Hezbollah et Amal, par ailleurs étroitement ligués. Des musulmans s’opposent à d’autres musulmans, des chrétiens à des chrétiens, des druzes à des druzes, des pacifistes à des pacifistes et des va-t-en guerre à des va-t-en guerre.
Le légendaire professionnalisme des médias libanais y a perdu au change. Ils se sont transformés en véritables barricades discursives dans une guerre de tranchées cruelle. Le souci d'objectivité y a été sacrifié sur l’autel des partis-pris aveugles.
Les observateurs osent espérer que les joutes et veillées d’armes se limiteront au seul processus électoral.
En Iran, l’élection présidentielle oppose quatre candidats, deux réformateurs et deux conservateurs, dont le Président sortant Mahmoud Ahmadinejad. Les états-majors politiques du monde entier suivent cette élection avec intérêt. Si Ahmadinejad est donné favori, rien n’est exclu d’avance. Parce qu’en Iran aussi, les rivalités politiques sont exacerbées.
Par ailleurs, deux problématiques engageant amplement la paix et la sécurité mondiale président à l’intérêt universel pour la présidentielle iranienne. La question du nucléaire iranien d’un côté, la probable guerre israélienne contre l’Iran de l’autre.
Bref, que ce soit en Europe, au Proche ou au Moyen-Orient, le topo est le même. Les destinées du monde dans le court terme se jouent amplement dans des élections locales. Encore faudra-t-il, pour le Liban et l’Iran en prime, que les interférences étrangères n’y jettent pas de l’huile sur le feu. Auquel cas, le brasier n’épargnera personne.
S.B.F
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Dans son discours au monde musulman
Les non-dits d’Obama
Par Soufiane Ben Farhat
Certains discours importent par leurs non-dits. Ils n’en sont pas pour autant un non-événement. S’ils ne dévoilent rien de nouveau, leur environnement immédiat dit le reste. Ainsi, ceux qui escomptaient grand-chose du discours d’Obama, hier à l'université du Caire, sont-ils restés sur leur faim.
Certes, le Président du puissant exécutif américain a plaidé un "nouveau départ" dans les relations entre les Etats-Unis et le monde musulman. A l’instar du droit codifié, certaines professions de foi gagnent toujours à être réitérées. Dans la cacophonie ambiante, les évidences méritent d’être soulignées.
En somme, Barack Obama relance un signal fort à l’endroit de l’Islam et des musulmans. Il veut tourner la page des années en dents de scie de l’administration Bush. On applaudit. Soit. Mais ses propos n’ont cependant pas le privilège d’antériorité. Il les a déjà fait valoir à Washington lors de son discours d’investiture en janvier dernier. Réitérés en Turquie il y a peu. Son credo est clair : les relations entre Washington et les pays musulmans doivent être fondées "sur l'intérêt commun et le respect mutuel". L'Islam est même appelé à la rescousse pour combattre l'extrémisme. Les extrémistes ont habilement surfé sur les tensions entre l'Ouest et l'islam. Ils ont trouvé un terreau favorable auprès d’une "petite mais puissante minorité de musulmans".
Fils d’un musulman –bien que chrétien- Obama est conscient du poids des pesanteurs et blocages. "Nous nous rencontrons à un moment de tension entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde - une tension qui a des racines historiques qui remontent plus loin que le débat politique actuel", a-t-il dit.
Bref, "l'Amérique et l'islam ne doivent pas s'exclure, ne doivent pas être en compétition". Il y a un parfum de réconciliation. Comme dans ces familles déchirées par des drames intimes. Et c’est tout dire. Ou presque.
Presque, parce qu’il y a les non-dits, l’indicible, l’inexprimé, voire même le refoulé dans les interstices des formules diplomatiques.
Beaucoup d’observateurs s’attendaient en effet à l’annonce de quelque initiative nouvelle et d’envergure de la Maison-Blanche pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Obama a, il est vrai, évoqué la situation en Palestine. Réaffirmant sommairement son opposition aux colonies juives, il a exhorté les Palestiniens à renoncer à "la violence" (comprendre la lutte armée) et à reconnaître Israël. Pourtant, la donne israélo-palestinienne requiert plus qu’un constat et une exhortation.
Hier, des centaines de milliers de gens se sont plantés devant leurs téléviseurs, du Maroc à l’Indonésie. En passant évidemment par l’explosif Proche-Orient. Ils attendaient le discours annoncé d’Obama au monde musulman. Ils escomptaient un nouveau son de cloche, une nouvelle dynamique porteuse. Une rupture, de nouveaux horizons. Bernés depuis des décennies par des promesses politiques et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, les peuples de la région ont l’impression d’avoir été dupés. Constat légitime, corroboré par les faits. Ils estiment être les dindons de la farce d’une injustice qui, à force de traîner en longueur, a fini par devenir l’iniquité des siècles. Comme tous les peuples, des espérances, ils en ont. Mais leurs espérances sont à la mesure de leurs malheurs, ressentiment et amertumes accumulés au fil de sombres décennies.
Dès lors, il faut courir deux fois plus vite pour pardonner les vieilles offenses. Il faut consentir beaucoup d’efforts pour rattraper le temps perdu, restaurer les droits spoliés, réhabiliter les dignités bafouées. Il fut un temps où, pour les 300 millions d’Arabes, une fois les décolonisations assumées, il demeurait une seule injustice, la Palestine. Aujourd’hui, en plus de la Palestine, le sort malheureux de l’Irak grève les montagnes de rancœur et de chagrin. Et on craint légitimement pour la Syrie. Pour les 1,7 milliard de Musulmans également, la seule grande injustice s’appelait il y a peu Al Qods (Jérusalem). Aujourd’hui, les drames de l’Afghanistan –et bientôt du Pakistan ou de l’Iran- s’ajoutent à la profonde vallée de désolation et de larmes.
C’est cela, et plus encore, qui fait souffrir les Arabes et les Musulmans. Grève leurs aversions, attise leurs saintes colères.
Ici et là, l’Amérique est intimement liée aux drames subis et ressentis comme tels par des centaines de millions de gens. Ici et là, la responsabilité de l’Amérique dans l’issue de crise dépasse les seules professions de foi. Si généreuses soient-elles.
S.B.F
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Proche-Orient
Le dilemme d’Obama
Par Soufiane Ben Farhat
A quoi servent les professions de foi, si généreuses soient-elles, dès lors qu’elles sont battues en brèche par la réalité ?
Dans quelques heures, Barack Obama, président des Etats-Unis d’Amérique, s’adressera au monde musulman à partir du Caire. Soit. C’est bon signe. Cela tranche net avec une politique étasunienne qui, près d’une décennie durant, a prôné a prôné ledit Grand Moyen-Orient, la Croisade contre l’Islam et autres postures guerrières d’époques révolues. Cela rassure également eu égard aux propos tenus par le Président Obama dans une interview à la BBC.
Son approche lève toute équivoque. Les droits de l’homme et la démocratie sont des valeurs universelles. Elles ne souffrent cependant pas le diktat à d’autres peuples, Etats et nations. Tout dépend en dernière instance des prédispositions propres desdits peuples, Etats et nations, de leur histoire spécifique, de leur héritage.
Une manière de pardonner les offenses. Et de jeter de nouveau les ponts du dialogue, par-delà les prismes idéologiques qui, aux Etats-Unis mêmes, ont vicié leurs rapports aux autres peuples et cultures.
Soit. Toute personne pourvue de bon sens ne peut qu’acquiescer.
Cependant, à quelques encablures du Caire, l’iniquité tient ses quartiers à perpétuelle demeure. Israël s’entête en fait non seulement à légitimer l’injustice, mais aussi à en éterniser l’amplification soutenue.
Témoins, les propos du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Avant-hier, il a jugé "déraisonnable" la demande américaine d'un gel total de la colonisation juive en Cisjordanie. Il s'exprimait lors d'une audition à huis clos devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset. Défiant toute logique de paix, Netanyahou a, une nouvelle fois, avancé le pseudo-argument de la "croissance naturelle" pour justifier l’extension des colonies existantes.
A bien y voir, il s’agit de torpiller à l’avance tout processus de paix possible avec les Palestiniens et les Arabes en général. Que le gouvernement israélien actuel soit maximaliste et volontiers va-t-en guerre, personne n’en doute. La liste des repères essentiels qui lui tiennent de programme en dit long là-dessus.
En plus de Netanyahou, ce gouvernement aligne une pléiade de dirigeants ultra-sionistes ouvertement bellicistes et racistes dont, bien évidemment, le tristement célèbre ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman. Ce dernier devait s'entretenir hier à Moscou avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Il n’a pas caché avant son départ qu’il compte tancer les Russes en raison de leur attitude sur le nucléaire iranien et sur le Hamas.
Le plus grave, c’est qu’Israël intervertit et pervertit les rôles à son seul profit. En effet, selon l'ambassade israélienne à Moscou Lieberman et Lavrov devaient parler des "menaces géopolitiques" au Proche-Orient. Comprendre les perspectives du nucléaire iranien affecté, selon Téhéran, à produire de l'électricité et destiné, selon Israël, à produire l’arme atomique.
Dans le même registre, Avidgor Lieberman a fait part la semaine dernière de sa "profonde déception" après que Sergueï Lavrov eut rencontré le chef politique du Hamas Khaled Méchaal. En somme, Lieberman, un émigré moldave spoliateur de fraîche date, en veut aux Russes restés chez eux d’avoir rencontré un Palestinien de souche en exil. Soit un racisme éradicateur en bonne et due forme de la part d’un immigré à l’endroit des habitants d’une terre depuis des millénaires.
Qu’en pense M. Obama ? En effet, il est devant un dilemme. Saura-t-il amener les Israéliens à geler les colonies de peuplement juives ? Remarquons en passant qu’il n’est même pas question de les démanteler. En effet, contrairement à la propagande israélienne en trompe-l’œil, toutes les colonies de peuplement juives de Cisjordanie sont illégales. Les instruments pertinents de la légalité internationale et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU en attestent.
Ou bien, obtempérant à la majorité démocrate tant au Sénat qu’à la Chambre des Représentants du Congrès, Obama se gardera-t-il de faire pression sur Israël ? Pour l’heure, les indices penchent pour cette dernière option. Auquel cas, le discours d’Obama à l’intention du monde musulman à partir du Caire, risque de ne pas être porteur comme il se doit.
En fait, selon un sondage publié avant-hier à la veille de la visite du Président américain au Proche-Orient, la popularité de Barack Obama dans les territoires palestiniens est en recul à 7% contre 13% pour M. Bush il y a un an. Au Liban aussi, la popularité de l'actuel Président américain est en recul à 22% contre 25% pour son prédécesseur il y a un an.
Selon l'institut Gallup, le recul de l'opinion publique en faveur de M. Obama dans les territoires palestiniens "est peut-être lié au silence d'Obama durant les attaques d'Israël dans la bande de Gaza peu après sa prise de fonctions".
Si de telles tendances se confirment, Israël jubilera, certes. Ayant amené Obama à commencer là où a fini George W. Bush.
S.B.F
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Elections européennes et abstention
Xénophobie, racisme et esprit de clocher
Par Soufiane Ben Farhat
Lorsqu’on est protagoniste d’un drame, on n’a pas toujours le recul nécessaire pour apprécier ses effets pervers immédiats. Ainsi en est-il de la crise mondiale. Comme on est encore dedans, ses aspects scabreux ne sont guère jugés encore à leur juste portée.
Ainsi en est-il de certaines nouvelles tendances. Comme celle qui veut que les bonnes nouvelles s’annoncent désormais en creux. C’est comme dire de quelqu’un qu’il a le ventre à moitié plein pour ne pas dire qu’il souffre de famine.
Les élections européennes du 4 au 7 juin en sont une illustration on ne peut plus instructive. Aux dires des analystes et commentateurs, il y a déjà une bonne nouvelle : le risque d’une abstention record aux élections européennes s’éloigne. Comprendre, il y aura une grosse abstention mais sans battre le triste record en la matière.
Toutes les enquêtes et projections attestent que l’abstention sera très élevée lors des prochaines élections européennes. Pour le politologue espagnol Vicenç Navarro, le chômage en hausse et la protection sociale en baisse font que l'Europe ne profite pas aux classes populaires et que le scrutin européen mobilise peu. Et si la désaffection touche surtout les partis de centre-gauche, la droite mobilise les catégories sociales à revenus élevés ainsi qu’une frange des classes populaires, "séduite par le message nationaliste et anti-immigrés dans ce contexte européen de grande précarité. Car les plus racistes ne sont pas les plus ignorants mais les plus précaires".
Un exemple concret, l’Autriche où seulement 21 % des Autrichiens comptent se rendre aux urnes le 7 juin. Dans le journal autrichien Der Standard, Barbara Coudenhove-Kalergi s’interroge : "Après la Seconde Guerre mondiale, les Autrichiens se sont peu à peu isolés, s'éloignant d'une Histoire mondiale dont les premiers chapitres furent, pour eux, synonymes d'échec…Les Autrichiens se sont enfermés dans leur beau petit pays. A l'abri de leur neutralité, ils se sentaient protégés de toute l’injustice qui régnait à l’étranger. L'Autriche était devenue un "îlot de bonheur". Mais un jour, l’Histoire mondiale les a rattrapés. L’adhésion à l’Union européenne a ouvert les frontières du pays à l’Ouest, avec toutes les conséquences liées à la mondialisation et la concurrence qui en découlent…Aujourd’hui comme hier, beaucoup considèrent l’UE non comme une grande patrie mais comme une force d’occupation, et leurs voisins orientaux – notamment la Turquie – comme des ennemis menaçants. Les partis de droite surfent sur ce sentiment de peur. Les réponses simples à des questions compliquées séduisent toujours. Dans le cas qui nous intéresse, voici comment elles se résument : les responsables de tous nos malheurs sont, au choix, les étrangers ou l’UE. Sans eux, tout irait pour le mieux dans le meilleur des pays…La coalition noire-bleue [conservateurs et extrême droite, au pouvoir de 2000 à 2006] a achevé de donner une légitimité à la xénophobie, au racisme et au provincialisme outrancier".
L’Européen moyen se sent blackboulé. On lui montre la lune, il ne voit que le petit doigt. La précarité aidant, certains se sont ingéniés à formater les consciences communes. Le résultat est effarant. Au moment où les gens voyagent le plus, où l’alphabétisation est sans commune mesure, où l’explosion des moyens de communication et d’Internet est supposée avoir raison des barrières, de vieux clivages réapparaissent. L’esprit de clocher et du rejet de l’Autre ressurgissent. De vieux rictus de la peur réinvestissent la place. Caressé dans le sens du poil de la bête, le parti de l’instinct l’emporte sur le parti de l’intelligence.
Le pire, c’est que les extrêmes s’interpellent et font bon ménage dans une adversité somme toute complice. De sorte que de part et d’autre des lignes de démarcation antagoniques, le discours est le même. Manichéen à souhait, binaire, invoquant les vieilles notions bibliques du Bien et du Mal, il n’a de cesse de ressusciter le corpus discursif et mental de la haine.
Fourvoyés, perdant leurs repères et adroitement manipulés, les peuples deviennent l’huile et le rouage d’une machine infernale qui les bouffe en premier.
S.B.F
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Nouvelle partie macabre au Liban
Par Soufiane Ben Farhat
Quelque chose de déjà vu a investi depuis peu la scène proche-orientale. Les imminentes élections législatives libanaises ressemblent aux législatives palestiniennes de 2005.
Comme le Hamas en Palestine occupée, le Hezbollah pourrait bien sortir victorieux du scrutin libanais du 7 mai. C’est ce qu’Israël et ses alliés clament à tous vents et agitent comme un épouvantail.
En vérité, les choses ne se profilent pas sous cet aspect. Le Hezbollah à lui seul ne pourrait vaincre dans le scrutin libanais. Le tissu social, confessionnel et institutionnel libanais l’exclut. En revanche, la coalition comprenant le Hezbollah, des chrétiens, des sunnites et des druzes a bien des chances de remporter haut la main ces élections. Auquel cas, le chef de l’Etat libanais devrait la charger de former le prochain gouvernement. Cela n’exclut guère par ailleurs la formation d’un gouvernement d’union nationale.
La diplomatie et les réseaux israéliens et pro-israéliens s’activent depuis peu. Ils visent tant les chrétiens libanais vivant à l'étranger que les gouvernements alliés. Ils le disent sans ambages : une victoire de la coalition intégrant le Hezbollah leur serait imputable. Dans la bouche des dirigeants politico-militaires israéliens, la menace est à peine voilée. Et ladite victoire sera considérée comme une véritable déclaration de guerre contre Israël. Comprendre, en cas de nouvelle guerre israélienne contre le Liban, les bombardiers israéliens ne feront pas de quartier. Le Premier ministre israélien Netanyahou l’a confirmé au président Barack Obama lors de sa dernière visite à Washington. Israël se "défendra" contre l’élection libanaise au prix d'une nouvelle guerre s'il le fallait.
Juge et partie, Israël considère sa sécurité "en danger" en cas du choix démocratique et souverain par une majorité de Libanais d’une coalition comprenant le Hezbollah !
En revanche, lorsque la soldatesque israélienne a occupé le Liban vingt-deux années durant, c’était la "démocratie". Et lorsque l’armée d’occupation israélienne a attaqué le Liban trente-quatre jours durant au cours de l’été 2006, c’était "l’avant-poste du monde libre" à l’œuvre.
Pour les élites et intellectuels des pays en développement, cela confine au grotesque kafkaïen. A quoi servent les élections tant exigées par les Occidentaux dans les pays en développement du moment qu’on en refuse certains résultats d’avance ? Serait-ce servir les partisans de ladite Révolution du Cèdre que de recourir à de pareilles entourloupettes ? En 2002 en France, lorsque Jean-Marie Le Pen a fait un raz-de-marée électoral au premier tour de la présidentielle, les Français n’ont pas refusé les résultats du scrutin. Ni menacé de guerre civile ou d’intervention étrangère. Une coalition droite-gauche autour du candidat Chirac lui a damé le pion au second tour.
Pourquoi en serait-il autrement dans les pays en développement ? L’arrêt du processus électoral s’avère toujours fatal pour tous les pays, où qu’ils soient et quels qu’ils soient. L’histoire l’a enseigné ici et là à profusion. En lettres de sang et de larmes.
Les Israéliens n’en ont cure. Ils utilisent tous les moyens pour déstabiliser les pays arabes, et y semer la zizanie destructrice, Palestine et Liban en prime.
C’est ainsi que les Israéliens s’apprêtent à mener du 31 mai au 4 juin des manœuvres militaires comportent un exercice d'alerte aérienne. Le 2 juin, les autorités militaires israéliennes testeront les procédures de secours de la population civile en cas de guerre et d'attaques de missiles.
Il va de soi que le choix de ces manœuvres et de leur nature à la veille des élections libanaises n’est guère fortuit. Ils ont été précédés la semaine dernière par un exercice à grande échelle de quatre jours de l’armée de l’air israélienne. Histoire de se rappeler au bon vieux souvenir des Libanais.
Par ailleurs, la presse et les milieux politiques israéliens se sont relayé les prétendues révélations de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel évoquant la responsabilité du Hezbollah dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.
Le chef de la diplomatie israélienne, l’ultra de droite maximaliste Avigdor Lieberman a même prôné l’émission d’un mandat d’arrêt international contre le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, après les révélations du magazine allemand.
Les observateurs avertis n’excluent guère qu’Israël soit à l’origine de ces allégations. Leur propagation aurait pour finalité d’allumer la lutte fratricide interconfessionnelle sunnites-chiites au pays du Cèdre. En même temps, cela effraierait de larges franges des chrétiens libanais. Israël ferait ainsi d’une pierre deux coups. Influencer les résultats des élections du 7 juin et replonger le Liban dans les démons de la guerre civile.
Les protagonistes lointains et immédiats ne s’y trompent guère. Tant le Tribunal Spécial pour le Liban que la majeure partie de la classe politique libanaise ont réfuté les assertions de Der Spiegel : "Ce sont des affabulations qui ont pour objectif d’influencer la campagne électorale et faire oublier les informations sur le démantèlement des réseaux d’espionnage travaillant pour le compte d’Israël. Publier des informations pareilles et les attribuer à des sources proches du tribunal spécial pour le Liban (TSL) entament la crédibilité de ce tribunal que nous appelons à agir avec fermeté pour démasquer les auteurs de ces mensonges", a indiqué dans un communiqué du bureau de presse du Hezbollah.
Une nouvelle partie sournoise, sinistre et macabre commence au Liban. Ses effets immédiats et à long terme sont à craindre. Pour tous les peuples de la région.
S.B.F
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Liban, branle-bas de combat
Par Soufiane Ben Farhat
Les esprits s’échauffent au Liban. Il en a toujours été ainsi au pays du Cèdre, objectera-t-on. Mais, conjoncture oblige, certaines effervescences libanaises font craindre le pire.
Ainsi en est-il ces derniers jours en prévision des élections législatives du 7 juin. Comme toujours, les Israéliens s’en sont "mêlés" en premier. A l’israélienne pour ainsi dire. Grenouillages, instrumentalisations et manipulations de divers ordres sont au rendez-vous.
Constatant le péril en la demeure, le gouvernement libanais a décidé de promptement réagir. Le Liban en a saisi les plus hautes instances internationales. Il a déposé une plainte auprès des Nations unies au sujet de la présence d'espions déployés par Israël sur son territoire. Le bureau du Premier ministre libanais Fouad Siniora l’a annoncé jeudi dernier.
L’information n’est guère fantaisiste. Elle est du genre à prendre au sérieux. Et pour cause. Tout récemment, une campagne gouvernementale a abouti à l'arrestation de plus de dix individus soupçonnés d'espionner au Liban pour le compte d'Israël.
Par ailleurs, deux suspects d’espionnage au profit d’Israël ont franchi la frontière pour gagner Israël cette semaine. Beyrouth a officiellement demandé aux Casques bleus de l'ONU au Sud-Liban de contribuer à leur retour.
Le Liban, on ne le sait que trop, est le cauchemar d’Israël. Les stratèges israéliens le considéraient jadis comme le "maillon faible" du monde arabe. La soldatesque israélienne a toujours jugé bon d’y rentrer et d’en ressortir comme dans un moulin. Or, depuis l’an 2000, l’armée d’occupation israélienne y a subi des revers inédits. En 2006, le corps expéditionnaire israélien y a subi une cuisante déroute. Pis, les territoires du nord d’Israël –jusque là considérés sanctuaire inviolable- furent pilonnés par les fusées du Hezbollah plus d’un mois durant. Environ deux millions d’Israéliens en furent réduits à végéter à la diable dans des abris sous terre. La ville de Haïfa –celle-là même que les néoconservateurs de l’administration Bush prédestinaient comme capitale économique de leur prétendu Grand Moyen-Orient- fut systématiquement bombardée.
Depuis, un nouvel équilibre catastrophique régit la région. Le Hezbollah a introduit dans ce conflit deux concepts-clés, opérationnels durant la Guerre froide Est-Ouest. Il s’agit de de l’équilibre de la terreur et de la peur des représailles massives. Et l’on sait qu’en stratégie et tactique, rien ne paralyse autant l’adversaire que la menace.
En termes de géostratégie, la déroute israélienne au Liban de l’été 2006 s’est avérée riche en significations. Désormais, avant de s’attaquer à la Syrie ou à l’Iran, comme leurs ultras le prônent à tout bout de champ, les dirigeants israéliens devront faire avec les représailles immédiates à leurs propres portes.
C’est dire si la force de frappe libanaise ne constitue pas une véritable obsession pour les Israéliens. Cela explique d’ailleurs l’intensification de leurs réseaux d’espionnage ces dernières années au pays du Cèdre.
L’armée israélienne mène par ailleurs des exercices militaires de grande ampleur depuis peu. C’est ainsi que l'armée de l'air israélienne a lancé lundi 19 mai un exercice à grande échelle de quatre jours. Aux dires d’un porte-parole militaire, cet "exercice de routine" entre "dans le cadre du programme d'entraînement annuel".
D’autres exercices militaires sont prévus fin mai. Le vice-ministre de la Défense du gouvernement sortant, Matan Vilnaï en avait parlé fin mars. Les manœuvres comportent un exercice d'alerte aérienne sur tout le territoire israélien du 31 mai au 4 juin. Des sirènes d'alerte devraient retentir le 2 juin en Israël pour tester les procédures de secours de la population civile en cas de guerre et d'attaques de missiles.
Côté libanais, on ne reste pas les bras croisés. On observe attentivement même. Le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah a promptement réagi en personne. Il a affirmé il y a quelques jours que son parti était prêt à faire face à une nouvelle guerre avec Israël. "Ces manœuvres sont un message fort pour la région : la Syrie, le Liban, les Palestiniens, l'Iran (...) pour dire qu'Israël est prêt à lancer une guerre sans hésitation…Nous devons prendre des mesures préventives durant les jours de manœuvres. Nous serons là, prêts et vigilants (...) et s'ils pensent lancer une guerre surprise, c'est raté".
Bref, au Liban, c’est de nouveau le branle-bas de combat. Et la confrontation ne semble guère se confiner au seul verdict des urnes. Le camp pro-occidental –qu’Israël ne verrait pas d’un mauvais œil- n’est guère donné vainqueur. Et la coalition menée par le Hezbollah semble avoir le vent en poupe.
S.B.F
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Aide au développement
Calculs de boutiquiers
Par Soufiane Ben Farhat
L’aide au développement piétine. Ce n’est un secret pour personne. Elle se limite à de seuls effets d’annonce généralement amplement généreux. Dans les faits, ce sont les sordides calculs de boutiquiers qui ont le dernier mot.
Louis Michel, Commissaire européen au Développement en sait quelque chose. C’est ainsi que, fidèle à sa réputation, il a pris il y a peu le taureau par les cornes. Il a manifesté son spleen assorti d’un doigt accusateur : "Je suis toujours déçu parce que les choses ne vont pas assez loin pour moi, je pense qu’il y a une sorte de réticence naturelle et spontanée de certains Etats membres à respecter leurs propres engagements" a-t-il déclaré lundi dernier en marge d’une réunion des ministres du Développement de l’UE. "Je ne saisis pas bien pourquoi ce manque, dans le fond, de sens de l’histoire. Le sens de l’histoire, c’est qu’on les aide et qu’on les aide massivement, parce que les premiers bénéficiaires de cette aide, ce ne sera pas eux, ce sera nous", a-t-il ajouté.
Les ministres du Développement de l’UE se sont réunis en conclave lundi et mardi derniers à Bruxelles et ils ont montré patte blanche dans le club des magnanimes dépensiers. Ainsi ont-ils réitéré leurs anciens engagements en matière d’aide publique au développement : atteindre 0,56% du PIB en 2010 et 0,7% en 2015.
Selon Alexandre Polack, d’Action Aid, "certains gouvernements essaient de se cacher derrière un écran collectif, pour éviter d’avoir à remplir leur propre engagement individuel".
Ainsi, avec seulement 0,20%, des pays comme l’Italie ou la Grèce demeurent-ils toujours en deçà du minimum requis.
Par moments, l’entourloupette non déguisée se double de cynisme en bonne et due forme. Certains Etats européens, non contents de gonfler à loisir les chiffres de l'aide au développement, y incluent même les annulations de dettes et les frais de rapatriement des clandestins !
Sur un autre plan, les indices parlent d’eux-mêmes. La politique d’investissements n’est pas en reste. L'Europe consacre ainsi moins de 2% de ses investissements au Sud contre 20% des investissements américains et 25% des investissements japonais à destinations de leurs Sud respectifs.
Le déficit en matière d’aide au développement s’accompagne pourtant de politiques systématiques de débauchage des élites des pays du Sud. Bien que leurs pays respectifs aient consenti des sacrifices énormes pour leur formation, beaucoup de cadres du Sud sont tout simplement "captés". Pour être détournés et intégrés dans les économies du Nord.
En cette période de crise, les ingrédients du drame sont portés à leur paroxysme. La fuite des cerveaux et l’incurie de l’aide au développement accusent les déséquilibres et attisent les foyers de tension.
Les ministres du Développement de l’UE le savent. Mais, comme l’instruit le proverbe, charité bien ordonnée commence par soi-même. C’est pourquoi ils ont promis de "prendre des mesures ciblées et anticycliques visant à protéger les pays et les groupes les plus vulnérables" face à la crise.
Sur proposition de la Commission européenne, ils ont accepté la mise sur pied d’un mécanisme doté de 500 millions d’euros pour financer des mesures sociales dans les pays les plus touchés par la crise.
Cependant, cela demeure une exclusive mesure euro-européenne. Comme quoi –autre proverbe, décidément- on n’est jamais si bien servi que par soi-même.
S.B.F
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Perpétuel drame somalien
Par Soufiane Ben Farhat
Les redoutables islamistes somaliens dits Al-Shabab se rappellent au bon souvenir du monde. Ces dernières quarante-huit heures, ils se sont emparés de deux villes clés du pays et menacent sérieusement la capitale Mogadiscio.
Leur dernière offensive a fait déjà des centaines de morts et plus de 30.000 sans-abri.
Les combats de lundi en disent long sur l’état d’esprit des belligérants. La milice locale a tout bonnement abandonné sans combattre la ville de Mahaday, située à 113 km au nord de Mogadiscio.
La présidence somalienne s’entête à jouer sur les mots. A entendre son porte-parole, les forces progouvernementales auraient effectué un simple repli stratégique : "Nous nous sommes retirés pour des raisons de tactique militaire et reviendrons quand nous le voudrons" a-t-il dit.
Seulement, lesdits replis se succèdent piteusement. Dimanche, les miliciens s'étaient déjà emparés de Jowhar, située sur la même route stratégique de Mahaday.
Il faut savoir que l’ONU et les Occidentaux, Américains en prime, s’étaient réjouis il y a quelques semaines de l’intronisation du nouveau président somalien, Sheik Sharif Sheik Ahmed. Ancien milicien islamiste en rupture de ban, ce dernier s’est enquis de cajoler ses anciens alliés des Tribunaux islamiques. Il y a un mois, l'instauration de la loi coranique Charia a été votée à l’unanimité par le Parlement de transition somalien. Les Shebab exigeaient la promulgation de la charia en contrepartie de la fin de l’insurrection.
Sur le terrain, le topo est compliqué. Le gouvernement contrôle directement une infime partie de Mogadiscio ainsi que la ville-frontière d'El Berde. Il a également une emprise sur la majeure partie du centre du pays grâce à son alliance avec des milices locales. Les islamistes Al-Shabab contrôlent la plus grande partie du sud du pays et les faubourgs de Mogadiscio. Le nord du pays est quant à lui livré à lui-même, divisé en régions autonomes, tels que Puntland et Somaliland.
Ainsi, la Somalie se retrouve-t-elle prise dans les interstices de l’équilibre précaire et catastrophique des seigneurs de la guerre. Ailleurs, en haute mer, ce sont les pirates somaliens qui font parler d’eux. Ecumant le golfe d’Aden et l’Océan indien, ils ont tôt fait d’ériger le bras de mer au large de la Corne de l’Afrique en l’un des plus dangereux au monde.
C’est dire s’il ne s’agit pas d’une tragédie généralisée. Depuis précisément l’intervention américaine surmédiatisée en Somalie en 1992 qui s’est soldée au bout du compte par un sauve-qui-peut US. Baptisée Restore Hope, l’opération du corps expéditionnaire américain tourne au drame. Ayant voulu arrêter, en octobre 1993 à Mogadiscio, deux lieutenants du chef de guerre Aïdid, l'armée américaine y a perdu 18 soldats et 73 blessés. Des marines ont été lynchés devant ces caméras mêmes qui devaient en glorifier les supposés hauts faits. Un fiasco retentissant qui provoque le retrait immédiat des forces américaines, puis des derniers casques bleus en 1995.
Depuis, la Somalie est livrée à ses démons destructeurs. Une aubaine pour les apprentis terroristes de tout bord.
C’était en 1993. Beaucoup d’eau a coulé entre-temps sous les ponts. La situation somalienne n’a fait qu’empirer. Et les réactions mondiales ont tourné par moment au ridicule.
Ainsi, en janvier 2007, les Etats-Unis d’Amérique ont-ils lancé des raids aériens au sud de la Somalie. Objectif, décimer des groupes d’Al Qaïda qui auraient pris la fuite vers le Kenya après la chute des Tribunaux Islamiques de Mogadiscio. Les premiers bilans faisaient état "de cinquante victimes dont la plupart étaient des leaders islamistes fuyant sur des pick-up armés". Enquête à l’appui, on a dû déchanter. Les raids ont atteint des bergers qui s’étaient rassemblés la nuit avec leurs troupeaux autour de feux destinés à chasser les moustiques.
Et la haine et le ressentiment de creuser encore et davantage leurs sillons indélébiles dans les âmes d’une population meurtrie.
S.B.F
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95 enfants afghans fauchés par les bombardements US
Au-delà d’une "bavure"
Par Soufiane Ben Farhat
Quoi qu’en disent les militaires, il n’y a pas de bombes intelligentes, aseptisées ou chirurgicales. Elles sont toutes sales, affreuses et tueuses. Leur vocation première est d’anéantir. Elles sèment la mort et la désolation à tous vents.
Lorsqu’elles frappent d’innocentes populations civiles, l’horreur se décline au grand jour. Et la condition humaine réitère ses douloureuses significations. Tel est le cas en Afghanistan. Aux dernières nouvelles, quatre-vingt quinze enfants comptent au nombre des 140 personnes tuées par les forces américaines il y a une semaine dans l'ouest de l'Afghanistan. L’information a été corroborée avant-hier par un parlementaire membre de l’équipe gouvernementale proaméricaine en place.
Selon diverses sources afghanes, outre les 140 décès, les frappes aériennes américaines ont anéanti les villages de Gerani et de Ganjabad dans la province de Farah.
Pis encore, soixante-cinq des victimes sont de sexe féminin, petites filles et femmes confondues. Le Comité international de la Croix-Rouge a précisé que ses équipes ont pu voir les cadavres de femmes et d’enfants parmi les dizaines de personnes tuées.
Il s’agit de l'épisode le plus meurtrier pour des civils afghans depuis le début de l’occupation du pays en 2001 sous commandement américain.
Les Etats-Unis contestent les affirmations de leurs propres protégés. Et ils refusent de donner quelque chiffre sur le nombre de personnes tuées. Cela ne les empêche pas de responsabiliser les talibans. A les entendre, ces derniers sont coupables d’avoir retenu les villageois en otages pendant les affrontements.
Au fil de désastres similaires en Irak et Afghanistan, cette attitude est devenue symptomatique. Elle est le préalable tout au plus de la reconnaissance du bout des lèvres d’une simple "bavure".
On comprend l’embarras des forces américaines. Reconnaître qu’elles tuent aveuglément les civils équivaut, aux yeux de l’opinion mondiale, à un véritable mea culpa. Et ce serait on ne peut plus mal à propos, à leurs yeux, au moment où elles parlent de pacification en vue à brefs délais.
Le même dilemme est observé dans le non moins douloureux chapitre des bombardements américains aveugles au Pakistan. Il est en fait communément admis que les redoutables talibans et autres miliciens d’Al Qaïda trouvent refuge dans les zones tribales pakistanaises. Cependant, les bombardements américains n’en tuent pas moins des civils pakistanais. Et en grand nombre. Ce qui explique les protestations indignées des Pakistanais, le Président Asif Zardari en tête.
Et comme ces bombardements n’ont pas donné de résultat spectaculaire et tangible, les Américains parlent d’une nouvelle stratégie en la matière. Ainsi, les frappes de missiles à l'aide de drones sont-elles programmées désormais au-delà du Waziristan, épicentre des zones tribales pakistanaises.
Selon le New York Times, le commandement US envisage de bombarder la région de Quetta dans le Sud-ouest pakistanais. Le Mollah Omar y dirigerait un gouvernement taliban en exil. Le plus inquiétant, selon le New York Times, c’est que bon nombre d'insurgés talibans ont fui les zones tribales, régulièrement pilonnées par les missiles américains, pour se réfugier à Quetta. Cette région serait ainsi devenue le sanctuaire du sanctuaire. Dans deux rapports sur le Pakistan et l'Afghanistan, remis à la Maison-Blanche, le commandement US est pressé de ne pas laisser aux miliciens islamistes le temps de se fortifier dans leur nouveau sanctuaire. Mais les deux rapports ne précisent pas quel serait, le cas échéant, le nouveau sanctuaire du sanctuaire du sanctuaire.
C’est dire si les Américains n’en sont pas au bout de leurs peines.
Le Président américain Barack Obama s’est opposé, pas plus tard qu’il y a deux jours, à la publication de centaines de photographies montrant des sévices sur des prisonniers en Irak ou en Afghanistan. Pourtant, la justice américaine a ordonné lesdites publications. Les juges fédéraux avaient autorisé, en appel, la diffusion de ces photos.
Aux dires de la Maison Blanche, Obama a scrupuleusement suivi l'avis du commandement militaire. Il pense également que la publication des photos exciterait la rancune contre les forces américaines et les mettrait en danger. Pour l’heure, il a préconisé que l'affaire retourne devant la justice.
Cela démontre, si besoin est, que malgré ses bonnes intentions affichées, le Président Obama fait partie d’un système. Et il doit composer avec le dispositif stratégique impérial américain. Etrangement, les militaires y tiennent le haut du pavé en régime de démocratie libérale.
Et c’est tout dire…
S.B.F
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Appel du Conseil de sécurité pour la paix au P.O
Désastreux aveuglement d’Israël
Par Soufiane Ben Farhat
Pour une fois que le Conseil de sécurité de l’Onu se montre unanime sur la question de la paix au Proche-Orient.
Avant-hier, le Conseil a appelé à "des efforts nouveaux et urgents de la part des parties et de la communauté internationale pour parvenir à une paix globale, juste et durable au Proche-Orient, basée sur la vision d'une région où deux Etats démocratiques, Israël et la Palestine, vivent côte-à-côte en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues".
Le débat a été organisé au niveau ministériel, à l'initiative de la Russie. Il a rassemblé notamment les chefs de la diplomatie britannique David Miliband, français Bernard Kouchner et turc Ahmet Davutoglu. Les Etats-Unis y étaient représentés par leur ambassadrice à l'ONU Susan Rice.
La fin de non-recevoir d’Israël a été prompte par l’intermédiaire de son ambassadrice à l’ONU, Gabriela Shalev. A l’en croire "Israël ne croit pas que l'implication du Conseil de sécurité contribue au processus politique au Proche-Orient…Ce processus doit être bilatéral et laissé aux parties elles-mêmes". Elle a estimé par ailleurs que le moment de cette réunion était "inapproprié".
Pourtant, au risque de réitérer un pléonasme, le rôle du Conseil de sécurité de l’Onu est précisément de promouvoir la paix et la sécurité mondiales. Et il n’est guère de région qui n’en ait un besoin vital et impérieux plus que le Proche-Orient.
Les participants à la réunion du Conseil comptent d’ailleurs parmi eux d’inconditionnels amis et soutiens d’Israël. C’est ainsi que M. Kouchner a réaffirmé qu'il "ne peut y avoir de paix sans l'arrêt total et immédiat de la colonisation. Il faut que le gouvernement israélien entende ce message, ce message amical".
C’est que la question des colonies de peuplement juives constitue l’un des écueils majeurs au processus de paix. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ne s’y est pas trompé. Il a fermement intimé à Israël de revoir sa copie en matière de colonies : "Le moment est venu pour Israël de changer fondamentalement sa politique dans ce domaine, comme il l'a souvent promis mais pas encore fait", a-t-il dit.
Pour Ban Ki-moon, qui a condamné la "poursuite du blocus" de la bande de Gaza par Israël, "l'action sur le terrain, ainsi qu'une détermination à négocier sur toutes les questions clés, y compris Jérusalem (Al Qods), les frontières et les réfugiés, sur la base des engagements existants d'Israël, seront les vrais tests de l'attachement d'Israël à la solution des deux Etats".
En fait, la question des colonies de peuplement s’avère plus que problématique. Passe encore pour les négociations sur le statut final d’Al Qods ou du droit au retour des réfugiés palestiniens. Autant de questions empoisonnées qui attendent toujours ne fut-ce qu’un esquisse de réponse israélienne..
A elle seule, la création des colonies de peuplement juives en Cisjordanie hypothèque, pour longtemps encore, les perspectives de la paix. Elle est également intimement liée au mur de séparation raciste long de plusieurs centaines de km, établi par Israël. Et elle a fini par s’apparenter au chapitre des faits accomplis douteux et à double tranchants.
C’est dire si l’appel du Conseil de sécurité de l’Onu ne relève pas de l’urgence. Le roi Abdallah de Jordanie a bien déclaré dans un entretien publié avant-hier par le Times : "Si nous retardons nos négociations de paix, il y aura un autre conflit entre Arabes ou musulmans et Israël dans les 12 à 18 mois". Et le roi de Jordanie sait pertinemment de quoi il parle !
Décidément, Israël était mal inspiré lorsqu’il a d’emblée refusé la déclaration du Conseil de sécurité. Ce faisant, il encourt un désastreux aveuglement.
S.B.F
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"Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose"
Par Soufiane Ben Farhat
Les Israéliens sont les maîtres absolus de la victimisation de soi et de la culpabilisation des autres. Les Autres étant constamment obligés de se justifier, ils se gardent bien dès lors de critiquer Israël.
Cela tient d’une culture politique savamment entretenue. Depuis leur irruption brutale dans la scène proche et moyen-orientale, les dirigeants israéliens sont devenus les maîtres de cérémonie de la prestidigitation politique. C'est-à-dire de la mystification et du pervertissement du réel.
Cela génère une corruption en bonne et due forme des mentalités ambiantes en Israël même. Particulièrement auprès des catégories sociales les plus vulnérables, façonnables à merci et manipulables à loisir. Selon l'étude menée par l’université Bar-Ilan, publiée il y a quelques jours par le Yediot Aharonot, seulement 38 % des jeunes Israéliens pensent que l’attitude du Président américain Barack Obama à l'égard d'Israël est amicale !
De leur côté, 47 % des Israéliens de moins de 42 ans ne peuvent trancher s’ils sont satisfaits ou insatisfaits de la politique du nouveau président américain. Et si 32 % des jeunes se montrent satisfaits, plus d’un cinquième se déclarent insatisfaits.
L’analyse du professeur Eytan Gilboa livre la clé de l’énigme : "Cette étude montre que les Israéliens font une distinction entre les Etats-Unis et le président Obama. Ils ont moins de sympathie pour lui que pour les Etats-Unis. Ils font preuve d'un certain degré de méfiance envers le président".
Saurait-il en être autrement en fait ? Avant même d’accéder à la magistrature suprême étasunienne, Obama a fait l’objet d’une méfiance israélienne non déguisée, qui n’a même pas épargné son intimité religieuse. Souvenons-nous du périple moyen-oriental de Barack Obama, l’été dernier, alors simplement candidat à la présidentielle américaine. Le 24 juillet, il s’était recueilli devant le Mur des lamentations, à Al Qods (Jérusalem), et y a glissé, entre deux pierres, une prière griffonnée sur un bout de papier. Sitôt Obama reparti, la feuille on ne peut plus personnelle et intime, a été récupérée et son contenu publié sur les colonnes du quotidien israélien Maariv.
Obama y demande à Dieu de le protéger, lui et sa famille, de lui pardonner ses péchés et de l’aider à faire ce qui est droit et juste. Commentaire d’un observateur averti et aux premières loges : "Rien de grave, sans doute, mais sait-on jamais avec un fils de musulman, fût-il adepte de l’Église unie du Christ ? Savez-vous qu’il n’exclut pas a priori de discuter avec Ahmadinejad, le monstre de Téhéran ? Imaginez une seconde que, à deux pas du saint des saints, il ait suggéré au maître de l’univers de rayer Israël de la carte ! Heureusement, Maariv veille…"
Autre périple moyen-oriental, autre méfiance entretenue à l’égard d’un homme fameux ne fut-ce que par son illustre statut. Hier, depuis le mont Nébo en Jordanie où, selon la Bible, Moïse aurait vu la terre promise pour la première fois, le pape Benoît XVI a souhaité "la réconciliation entre chrétiens et juifs dans le respect mutuel".
Cela n’empêche pas la presse israélienne et pro-israélienne de l’attaquer en bonne et due forme. Motif invoqué, rappelé, réitéré à longueur de colonnes et à fleur de plateaux télé : Benoît XVI a levé cette année l'excommunication de quatre évêques, dont Richard Williamson qui nie l'existence de l'holocauste. L'année dernière, il a redonné droit de cité à une prière pour la conversion des juifs. Il soutient par ailleurs la béatification de Pie XII, qui fut à ses yeux un "grand homme d'Eglise", tandis que certains lui reprochent d'être resté silencieux durant l’holocauste.
Le pape en est réduit dès lors à se justifier. Et à se garder de critiquer Israël pour ses effroyables iniquités en Terre sainte frappant les Palestiniens d’une injustice aussi grave sinon pire que l’Holocauste. Auquel cas, les meutes commenceront à crier à l’antisémitisme.
La diversion est opérationnelle et l’injustice est sauve. "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose" disait sir Francis Bacon.
S.B.F
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