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[01/06/2008 15:05]
Décès de l’écrivain Samir Ayadi-Un grand frère s’en va

Décès de l’écrivain Samir Ayadi

Un grand frère s’en va

 

Par Soufiane Ben Farhat

 

Certaines saisons sont meublées d’absences. Comme autant de confins entre deux déserts. Il y a peu, la scène culturelle et artistique tunisienne perdait l’un de ses éminents écrivains établis à l’étranger, Abdelmajid El Houssi.

 Il rejoignait un autre illustre écrivain décédé il y a trois mois, Mustapha El Fersi.

Saison de mort, genèse de l’oubli. Hier, la nouvelle est tombée comme un irréparable couperet du destin : Samir Ayadi n’est plus. Ravi à soixante et un ans. La fleur de l’âge ? Peut-être pas, mais certainement l’âge des impérissables présences. Parti sans dire adieu ni nous avoir donné le temps de préfigurer l’irrémédiable.

A bien y voir, ce qu’il y a de bien cruel dans la mort, c’est cet aspect d’inachevé dont il imprègne notre vécu. Et dire qu’il y a près de quarante ans Samir Ayadi frayait avec cette rédaction de La Presse, où je m’efforce de restituer son souvenir, de compère à compagnon.

Tout succès littéraire est un malentendu, certes. Mais la carrière (Dieu que ce mot est injuste) artistique relève d’un irréprochable élan de persévérance. Un élan que seuls ceux qui sont habités par un rêve intransigeant et fou peuvent assumer. Parce qu’il enveloppe des séquestrations et des refus de vivre.

Samir Ayadi était de ceux-là. Un impénitent batailleur sur les rivages escarpés de la création. Animateur (voire agitateur) théâtral au lycée de Montfleury à la fin des années 60, il crée le club de littérature à la maison de la culture d’Ibn Khaldoun. En 1969, il embrasse une éphémère vocation de journaliste à La Presse. Certains de mes illustres aînés l’ont côtoyé et n’en finissaient pas d’évoquer cette époque avec un attendrissement non feint. Avec cet air unique des pionniers qui content des exploits comme on n’en fait plus.

On le retrouve à la même époque au cœur du mouvement de l’Avant-garde littéraire, dont il est l’un des fondateurs. Nouvelliste, romancier et dramaturge, il trône sur le piédestal avec d’illustres pairs, Ezzeddine Madani, Mohamed Salah Ben Amor, Tahar Hammami et bien d’autres escrimeurs de la plume plutôt acerbe qu’émoussée. Sa passion pour le théâtre marquera sa vie. Il rejoint l’illustre troupe de Gafsa en 1973, où il retrouve certains des jeunes les plus combatifs de sa génération, Raja Farhat, Fadhel Jaziri, Fadhel Jaïbi, Raouf Ben Amor... Il y écrit Al Jaziya, une pièce mise en scène par Fadhel Jaziri en 1974, qui sera représentée à l’ouverture du festival d’Hammamet. Une année plus tard, il récidive avec un incomparable chef-d’œuvre : Atchan ya sabaya, montée au Kef par Moncef Souissi.

C’était l’époque où la Tunisie enfantait une nouvelle génération de génies précoces, véritables feux follets et espiègles farfadets empêcheurs de bourrer les crânes et snober en rond. Parmi ceux-ci on comptait Moncef Souissi, Fadhel Jaziri, Fadhel Jaïbi, Taoufik Jebali, Jélila Baccar, Habib Masrouki, Ezzeddine Madani, Noureddine Ouerghi, Néjia Ouerghi, Mohamed Driss, Raouf Ben Amor, Raja Farhat, Rached Mannai, Samir Ayadi, Farhat Yammoun, Mahmoud Larnaout, Moncef Sayem, Raja Ben Ammar, Raouf El Basti, Kamel Touati…

Les facettes de Samir Ayadi sont multiples et il cultive avec malice l’art du touche-à-tout culturel et artistique. Ainsi sera-t-il notamment secrétaire général du Festival de Carthage en 1980, avant d’en assumer la direction.

Plus tard, le large public des téléspectateurs reconnaîtra sa figure joviale et ses yeux rieurs grâce à ses apparitions dans quelques feuilletons ramadanesques.

Je ne saurais ici et maintenant résumer une carrière (encore !) hors du commun. Tout au plus puis-je paraphraser Jozyane Savigneau faisant le faire-part du décès de Bertrand Poirot-Delpech en novembre 2006 : "Quand un grand frère s’en va, les mercis reviennent. Les mercis qu’on n’a pas dits. Ou mal dits. Ou trop bas. Ou trop tard… Quand un grand frère s’en va, on se sent comme un trou dans l’épaule droite. C’est là que, depuis près de trente ans, tu posais ta main de grand frère»…

S.B.F.





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