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En tournée d'adieux en Europe
Cahier de doléances du président Bush
Par Soufiane BEN FARHAT
Ça y est, il est temps de commencer à tirer la révérence. Même si cela prendra quelques mois.
Le président américain George W. Bush a entamé hier une visite d'adieux en Europe. Commençant en Slovénie par un sommet UE-Etats-Unis la tournée d'adieux se poursuivra en Allemagne, Italie, Vatican, France et Royaume-Uni. Etrangement, l'étape madrilène n'y étant pas, l'Espagne manque au portrait de groupe des principaux alliés européens de l'Amérique dans sa croisade planétaire antiterroriste.
Selon des sources autorisées, le chef de la Maison Blanche entend demander à l'UE des sanctions financières plus efficaces contre l'Iran. M. Bush entend presser les Européens de s'en prendre plus fermement aux institutions financières iraniennes, a indiqué l'envoyé spécial des Etats-Unis auprès de l'Union européenne C. Boyden Gray. Dans le collimateur des Etats-Unis il y a bien évidemment la grande banque commerciale iranienne Melli Bank. Pour le président Bush, les Européens doivent tout simplement empêcher ses bureaux européens de Londres, Hambourg et Paris de fonctionner. Faisant entorse au gentleman agreement diplomatique, C. Boyden Gray s'est même plaint de la "bureaucratie" de l'UE nécessaire "pour prendre de telles décisions.
L'Europe est bien évidemment gênée par cette proposition américaine faite sous forme d'injonction péremptoire. Javier Solana s'est empressé d'indiquer le jour même en Slovénie qu'il se rendrait à la mi-juin à Téhéran pour présenter une offre rafraîchie des six grands pays impliqués dans les négociations sur le nucléaire iranien. Les six pays précisément sont les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.
Et comme la diplomatie est aussi affaire de clins d'oeil, le projet de déclaration commune à l'issue du sommet UE-Etats-Unis d'hier a laissé la porte entrouverte à toutes les propositions. L'Europe et les USA s'y engagent en effet à "mettre en oeuvre pleinement" les sanctions déjà adoptées contre l'Iran et se déclarent résolus "à ajouter des mesures supplémentaires".
Mais il n'y a pas que le nucléaire iranien. Bush met sur la table de travail des Européens les boulets de canon qui entravent la politique américaine sur la scène internationale. A la veille de son départ, il a assuré vouloir parler avec les Européens de la trop forte dépendance des pays industrialisés à l'égard des hydrocarbures, sur fond de flambée vertigineuse des prix. Il a aussi souhaité obtenir plus de soutien de la part de ses alliés européens sur le volet afghan.
Etrangement là aussi, la résolution du conflit israélo-palestinien est le grand absent de ce cahier de doléances diplomatique du président Bush. Pourtant, il s'est solennellement engagé en novembre dernier à Annapolis à trouver un règlement définitif à ce conflit vieux de soixante ans au cours de l'année 2008.
Et entre-temps, loin d'amorcer ne fut-ce que l'ébauche d'un règlement négocié, le conflit israélo-palestinien ne cesse de faire du surplace. Ce qui, dans les traditions politiques de la région, équivaut à empirer.
Et dire que les Américains ont tout fait pour propulser un Européen (Tony Blair) en qualité d'émissaire spécial du Quartette pour la paix au Proche-Orient. Depuis, lui aussi a fait du surplace, réduisant le Quartette à sommeiller encore et davantage.
N'oublions guère non plus l'autre illustre absent des requêtes de Bush en Europe, l'Irak. Un pays que les Américains ne parviennent guère à sécuriser. En effet, le seul bilan qui puisse y être établi, c'est celui de l'impuissance et du patent échec. Après plus de cinq ans d'occupation militaire, le corps expéditionnaire américain y a concédé un coût humain particulièrement élevé, en plus des centaines de milliards de dollars consentis par le contribuable américain.
En fin de compte, l'UE se retrouve exposée à une somme navrante de cases départs juxtaposées dans ses relations avec le grand frère américain. Autant de questions pesantes qui font précisément que l'Europe et la Russie, retapée à neuf aux ères Poutine et Medvedev, se regardent désormais en chiens de faïence.
Et, tournée d'adieux ou pas, le président Bush lègue à son successeur à la Maison Blanche un paquet de boulets et d'abcès de fixation plus enchevêtrés et difficilement gérables les uns que les autres.
S.B.F
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