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[19/06/2008 23:55]
Présidentielle américaine-La saga Obama

Présidentielle américaine

La saga Obama

 

Par Soufiane Ben Farhat

 

Bien qu'il ne soit pas encore assuré d'être élu président, Barack Obama semble révéler déjà une nouvelle Amérique. Il le disait il y a quelques mois : "Le jour où je deviendrai président, je crois que notre pays se regardera d'une manière différente, et aussi que le monde regardera l'Amérique différemment…Parce que j'ai une grand-mère qui vit dans un petit village d'Afrique, sans eau courante ni électricité. Parce que j'ai passé des années importantes de mon enfance en Asie du Sud-Est, dans le plus grand pays musulman du monde."

En soi, le choix des démocrates en faveur de sa candidature, est une véritable révolution. Il a en effet été le vainqueur des primaires démocrates à l'issue d'une âpre bataille qui l'a opposé à Hillary Clinton, l'ex-first lady.

Qui pouvait imaginer, il y a seulement quelques mois, qu'un homme de couleur puisse être candidat à la magistrature suprême aux Etats-Unis d'Amérique ? Un pays où, jusqu'à il y a peu c'étaient les WASP (white anglo-saxon protestant) qui tenaient toujours le haut du pavé et l'emportaient souvent haut la main. Pour les mouvements revendicatifs afro-américains des années 1960, les WASP étaient bien la communauté adverse par excellence. Toujours majoritaire, arrogante et écrasante à leurs yeux, ils s'inscrivaient volontiers en faux contre elle.

Et puis on a toujours en mémoire les terribles images des émeutes de 1992 qui ont débuté à Los Angeles juste après l'acquittement par un jury composé de Blancs de quatre officiers de police ayant passé à tabac le chauffeur noir Rodney King. Pillages, incendies criminels et meurtres s'ensuivirent. On dénombra alors 38 morts et plusieurs milliers de blessés. Les dommages matériels s'élevèrent à un milliard de dollars. Il y eut près de 4.000 incendies volontaires et 1.200 bâtiments détruits. Il aura fallu un massif déploiement de la police et de la garde nationale pour reprendre la situation en mains. Les violences s'étendirent cependant à Seattle, Oakland, San Francisco, Las Vegas et San Diego pour la côte ouest, New York, Philadelphie et Atlanta pour la côte est.

L'Amérique de l'ère Rodney King étalait ses plaies raciales purulentes à la face du monde. Et voilà que, seize années à peine plus tard, un noir américain brigue la présidence des Etats-Unis d'Amérique et se permet le luxe de damer le pion à un puissant clan de blancs dans les primaires.

C'est que, entre-temps, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts du redéploiement ethnique. Et surtout, beaucoup de jeunes noirs américains semblent avoir décidé de se départir une fois pour toutes d'une certaine fatalité.

Une fatalité que décrit avec panache Boyz N the Hood le film américain de John Singleton (largement inspiré de sa vie) sorti en 1991. Il est axé sur l'ambiance criminelle régnant dans le quartier de South Central à Los Angeles. Univers de ghetto noir, où les jeunes sont confrontés à l'extrême dénuement, au racisme des policiers, à la prolifération des armes, la violence pathologique des bandes rivales

L'"Amérique des Etats-Unis"

Barack Obama est de ceux qui se sont dressés contre cette fatalité. Témoins, ses amis d'adolescence le décrivant comme un solitaire obsédé par son identité raciale, et qui étouffait volontiers son chagrin dans les effluves de la marijuana qu'il affectionnait tant. C'est à l'université de Harvard, dont il est sorti avocat, que a tout changé. Il s'est assumé en tant qu'Américain et a commencé dès lors à pétrir patiemment les contours de son destin. "Il n'y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique hispanique, il y a une Amérique des Etats-Unis", dira-t-il dans son mémorable discours à la convention démocrate de 2004.

Au rythme de l'extraordinaire machine électorale américaine, le triomphe préliminaire de Barack Obama n'est guère fortuit. Dans un hommage plutôt maladroit trahissant un malheureux lapsus, le sénateur démocrate Joe Biden l'a décrit comme étant "le premier Africain-Américain qui s'exprime bien, est intelligent, net et présente bien".

En fait, il a les faveurs de l'aile libérale du Parti démocrate. Sénateur démocrate de l'Illinois, il s'était fait remarquer par le "Big Speech", l'allocution prononcée lors de la Convention démocrate de 2004. La presse l'a comparé depuis lors à Kennedy. "Jamais, depuis un demi-siècle, le parti démocrate n'avait connu si bon orateur" renchérit un commentateur averti. Dès l'annonce de sa candidature, Obama créé une première et bien révélatrice surprise. Il parvenait à obtenir pratiquement autant de fonds démocrates qu'Hillary pour se lancer dans l'aventure (25 millions de dollars contre 26 millions). Il a su engranger un nombre impressionnant de petits donateurs. Ainsi, pas moins de 100 000 personnes ont-elles donné de petites sommes via le site Internet du candidat, totalisant 7 millions de dollars. Hillary, de son côté, n'en a engrangé que 4 millions.

Obama s'est même allié le producteur milliardaire David Geffen et, dans le financier de haut vol George Soros. Tous deux étaient jusqu'alors réputés pour être des "FOB" (Friends of Bill Clinton).

La campagne médiatique d'Obama est particulièrement agressive (et persuasive) sur Internet. A ce niveau, il a écrasé de haut Hillary clinton. Il a su s'adresser à un électorat de plus en plus volatil, branché et always in. Ainsi a-t-il les faveurs des cols blancs et des têtes bien faites. En face, Hillary Clinton a fait montre de certains archaïsmes tant sociaux (ouvriers et cols bleus en général) que conceptuels (penchants conservateurs des démocrates).

Barack Obama rue quant à lui, à bon escient, dans les vieux brancards. Ainsi est-il déterminé à introduire aux Etats-Unis la couverture médicale universelle, à restreindre les émissions de gaz à effet de serre et à mettre fin à la guerre en Irak.

Sur ce dernier chapitre,  il a fait preuve de cohérence. Opposé à l'invasion américaine de l'Irak en 2003, il dit à qui veut bien l'entendre qu'il "n'est pas contre toutes les guerres, mais qu'il est contre les guerres idiotes". Hillary Clinton, quant à elle, a adopté le même profil que Bush.

Bien que l'électorat démocrate soit foncièrement opposé à la guerre en Irak, Hillary Clinton a voté au sénat en 2002 pour le recours à la force en Irak. L'ex-candidat démocrate John Edwards a lui aussi voté comme elle. Cependant, il a tôt fait de se rattraper en exprimant ses plus sincères regrets. Confrontée à l'épreuve de l'enlisement américain dans le bourbier irakien, Mme Clinton s'est tout juste contentée de concéder du bout des lèvres que "des erreurs ont été commises". Barack Obama, bien que ne siégeant pas encore au Congrès en 2002, a su toutefois prendre la bonne position.

Démonisation islamique

Mais tout n'est pas encore joué. De tout temps, les puritains américains ne baissent pas les bras de sitôt.

Si la saga d'Obama ressemble jusqu'ici à un conte de fées, elle n'est jamais loin de virer à la tragédie. Dans le propre entourage du candidat démocrate, on craint ouvertement son assassinat par quelque groupe fanatique, raciste ou doctrinaire exalté comme il s'en trouve tant au pays de l'Oncle Sam. L'Amérique précisément garde toujours en mémoire les assassinats d'hommes politiques célèbres tels le président John Fitzgerald Kennedy, son frère Robert Kennedy, et les militants pour les droits civiques Malcolm X et Martin Luther King.

Et puis Obama fait les frais depuis quelques mois d'une démonisation en bonne et due forme.

A en croire certains commentateurs nullement innocents, Barack Obama n'est ni tout à fait noir, ni tout à fait chrétien, ni tout à fait américain. Pour un candidat à la Maison Blanche, cela laisse pour le moins sceptique.

Né à Hawaii d'un père kenyan et d'une mère blanche du Kansas, Barack Obama a été selon ses propres dires "un enfant de la rue de Jakarta" entre 6 et 10 ans. Il a passé par la suite son adolescence à Honolulu avec ses grands-parents blancs, dont il a l'accent.

Chrétien affiché ostentatoirement, il est le plus souvent considéré comme un musulman. Depuis sa déclaration de candidature à la présidentielle, il a été régulièrement "accusé" d'être musulman ou d'avoir reçu une éducation islamique en Indonésie. Il mentionne en fait que son grand-père paternel, un agriculteur kényan, était musulman. Et que son beau-père assistait parfois à la prière dans une mosquée indonésienne.

Mais il dément avec véhémence être musulman, comme si cela était en soi une accusation. Son équipe de campagne a même exhibé une lettre attestant de sa foi chrétienne, signée par cinq membres d'un clergé local dans l'Iowa. "Si j'étais musulman, je vous le ferais savoir, a-t-il dit déclaré à Dubuque, mais je suis membre de l'Eglise unie du Christ de la Trinité, sur la 95e Rue, dans le South Side à Chicago. Nous avons la meilleure chorale de toute la ville, et si vous voulez venir prier avec nous, vous êtes plus que bienvenus." Affichant ostensiblement son christianisme, Obama s'est fait accompagner en Caroline du Sud d'une chorale de gospel afin d'attirer les électeurs noirs.

N'empêche, des rumeurs circulent sur Internet "accusant" Obama d'être musulman et même d'être une "taupe islamique". Ainsi, il serait un membre d'un complot ultra-secret contre l'Amérique qui, en cas d'élection à la présidence, prêterait serment sur le Coran plutôt que sur la Bible, comme l'a fait le représentant démocrate du Minnesota Keith Ellison, le seul musulman du Congrès en janvier 2007.

Le candidat républicain John McCain est allé plus loin en accusant Barack Obama d'être "le candidat favori du Hamas" au cours d'un forum de discussion avec des internautes conservateurs: "Je pense qu'il est très clair qui le Hamas voudrait comme prochain président des États-Unis. Ainsi d'ailleurs que Daniel Ortega (le président du Nicaragua) et quelques autres. Je pense que les gens doivent comprendre que je serai le pire cauchemar du Hamas. Si le sénateur Obama est le favori du Hamas je crois que les gens peuvent faire leur choix selon ce critère", a dit M. McCain.

Sur ce chapitre précis, Obama témoigne de certaines fragilités et frilosités. Comme pour se déculpabiliser, il s'est empressé de déclarer qu'il considérait le Hamas comme une organisation terroriste et a notamment condamné la récente rencontre de l'ancien président Jimmy Carter avec le chef du mouvement islamiste palestinien. "Nous ne devons pas négocier avec un groupe terroriste décidé à détruire Israël", a-t-il renchéri: "Nous ne pouvons nous asseoir avec le Hamas que s’ils renoncent au terrorisme, reconnaissent le droit d’Israël à exister, et respectent les accords passés".

Lors d'une visite dans une synagogue de Philadelphie, Obama a repris la même thématique en affirmant qu'il travaillerait avec Israël pour "isoler les groupes terroristes comme le Hamas, viser leurs ressources et soutenir le droit d'Israël à se défendre". Il semble visiblement soucieux de rassurer les électeurs juifs américains après les propos de son pasteur Jeremiah Wright qui, en plus de la politique extérieure des Etats-Unis, avait également critiqué Israël.

Bref, si son parcours a été jusqu'ici hors du commun, Barack Obama a déjà en vue, à mi-chemin, des contraintes et servitudes auxquelles il devra se soumettre. Lobbies militaristes et pro-israélien aidant

S.B.F

 

 

 

 

 





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