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Le sommeil de la raison engendre des monstres
Par Soufiane Ben Farhat
Olmert a annoncé la couleur. Faisant bloc avec les ultras israéliens de tout acabit, il a réitéré les lignes rouges de l'obsession isolationniste israélienne. Ainsi a-t-il indiqué jeudi dernier au président palestinien Mahmoud Abbas qu'Israël n'autoriserait pas le retour de réfugiés palestiniens dans le cadre d'un futur accord.
"Le Premier ministre répète à nouveau qu'en vertu de tout accord futur, il ne saurait y avoir de retour de réfugiés palestiniens en Israël, quel qu'en soit le nombre", a fait savoir le bureau d'Olmert.
Proche collaborateur de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rdainah, a qualifié d'"inacceptable" la position du premier ministre israélien. Il a tenu à faire savoir que "les fuites sur cette question et d'autres aspects des pourparlers de paix, comme une proposition israélienne visant à reporter les discussions sur Al Qods, visaient à persuader la communauté internationale qu'il faudrait imputer aux Palestiniens tout éventuel échec des négociations".
Pour l'Autorité palestinienne en effet, tout règlement définitif et durable présuppose l'existence d'un Etat palestinien sur la totalité de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, dont impérativement Al Qods-Est, ainsi qu'une solution dite équitable de la question des réfugiés.
Quand on sait qu'en 1948, lors de l'irruption sanglante d'Israël dans le vécu palestinien, le nombre des réfugiés se chiffrait déjà à 800.000 personnes (la moitié de la population arabe de Palestine d'alors), on comprend l'ampleur de la tragédie. Expulsés par des bandes et autres groupes de choc sionistes armés qui n'ont pas hésité à perpétrer des pogroms massifs, le nettoyage ethnique systématique et les carnages en règle, ces réfugiés palestiniens ont été cantonnés -en dehors de la bande de Gaza et de la Cisjordanie- pêle-mêle dans des camps de fortune en Jordanie, en Syrie et au Liban.
Avec leurs descendants, leur nombre s'élève aujourd'hui d'après les statistiques onusiennes, à plus de cinq millions de personnes.
Or, les Israéliens, toutes sensibilités politiques confondues, s'en tiennent à une ligne de conduite sur la base de quatre "NON" incontournables à leurs yeux: non au retour aux frontières de 1967, non au retour des réfugiés palestiniens, non à la restitution d'Al Qods et non au démantèlement des centaines de colonies de peuplement juives.
Ce faisant, Olmert fait siennes les constantes iniques des ailes les plus extrémistes de la classe politique israélienne. Likoud, travaillistes, partisans de kadima ou transfuges déguisés en "colombes" israéliennes partagent ainsi le même credo injuste et lourd de significations racistes dans le pur moulage ségrégationniste de l'apartheid.
Le tout évidemment –est-il besoin de le rappeler- en dépit des dizaines de résolutions onusiennes et du Conseil de sécurité ainsi que des instruments pertinents de la légalité internationale.
L'idéal même de paix s'en retrouve profondément endommagé auprès de larges franges, principalement juvéniles, de l'opinion arabe, musulmane et internationale. Les résultats, comme on s'en doute et tel que cela s'est par moments tragiquement vérifié dans les faits, peuvent être lourds de conséquences.
Que les pourparlers de paix entre Olmert et Abbas, relancés en novembre dernier à Annapolis par la volonté du président américain Bush, piétinent et fassent du surplace n'est guère pour étonner. Jusqu'ici, ces semblants de conciliabules intermittents et décousus n'ont pas permis de progrès notable. Ils ont fait les frais du climat de violences et des désaccords liés principalement à la poursuite de la colonisation israélienne.
Le voeu pieux du président américain voulant que le conflit israélo-palestinien vieux de soixante ans soit résolu définitivement courant 2008 est devenu dès lors pure chimère. Personne n'y croit plus, Américains et Israéliens en prime, si tant est que ces derniers y aient raisonnablement cru.
Ajoutons-y les déboires de la fin de carrière politique d'Olmert qui se profile en queue de poisson en raison de questions liées à la corruption et la boucle du cercle infernal s'en retrouve définitivement consommée. Le premier ministre israélien a en effet annoncé le 30 juillet qu'il quitterait son poste en septembre, hypothéquant ainsi irrémédiablement toute chance d'obtenir un accord sur la création d'un Etat palestinien avant la fin de l'année.
On sait depuis Goya que le sommeil de la raison engendre des monstres…
S.B.F
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