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Présidentielle US
La donne raciale s’invite dans la dernière ligne droite
Par soufiane Ben Farhat
A l’approche de la dernière ligne droite de la présidentielle américaine, les esprits s’échauffent.
Jusqu’ici perdant dans les sondages des intentions de vote, John McCain tente de rebondir. Barack Obama devance son rival républicain de dix points, selon un sondage Washington Post-ABC News publié lundi dernier. Il est crédité de 53 % des intentions de vote contre 43 % à McCain. L'avance du sénateur de l'Illinois n’est seulement que de quatre points dans une enquête d'opinion Reuters-C-Span-Zogby, également publiée le lendemain: le candidat démocrate réunit 48 % des intentions de vote contre 44 % au sénateur de l'Arizona et enregistre un recul de deux points par rapport à un précédent sondage.
Si l’écart de plus ou moins dix points se confirme, cela pourra être lourd de conséquences. En effet, les sondeurs soulignent qu’aucun candidat n’avait jamais pu remonter une telle avance au mois d’octobre depuis 1936. Par ailleurs, le candidat McCain semble subir les contrecoups pervers de la crise financière américaine. 55% des sondés souscrivent que l’économie est l’élément le plus important dans leur choix. A les entendre, Obama paraît plus compétent dans ce domaine (pour 53% des électeurs contre seulement 37% qui choisissent M. McCain).
L’impopularité de l’équipe sortante -le président George W. Bush tombant à 23% d’opinions positives- en rajoute au tir groupé d’effets négatifs auxquels se retrouve exposé McCain.
L’inquiétude et le scepticisme gagne même le camp des républicains. Les poids lourds du camp conservateur sont sortis de leurs gonds : "Il est temps de virer l’équipe de campagne", écrivait en début de semaine dans le New York Times l’éditorialiste conservateur William Kristol. Cela est d’autant plus impérieux à ses yeux que M. McCain "n’a rien à perdre".
Le dernier débat de la campagne, mercredi 15 octobre, à l'université Hofstra d'Hempstead, dans l'Etat de New York, devait donner à McCain une dernière chance d'inverser la tendance.
Il n’a pas attendu pour essayer de remonter la pente glissante. Et il ne semble guère avoir lésiné sur les moyens. John McCain a dit le week end dernier en parlant d’Obama qu'il allait "fouetter son 'vous savez-quoi'" lors du débat télévisé. Cela a provoqué les rires et les applaudissements d’une assistance acquise. Un commentaire déplacé et quelques mots de trop qui n’ont pas manqué de raviver les critiques dans un pays –les Etats-Unis- où le fouet reste un instrument lié à la douloureuse et tragique histoire de l'esclavage.
D’ailleurs, longtemps taboue, la question raciale a fait irruption dans la campagne avec les déclarations d'un parlementaire démocrate, John Lewis, figure de proue de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960. Il a accusé ce week-end John McCain d'incitation à la haine raciale contre Barack Obama.
La question raciale s’invite également dans les arcanes des sondages d’opinion. Même s’ils prédisent à l’unisson la victoire de Barack Obama face à John McCain, les sondeurs reconnaissent qu'ils sont confrontés à une inconnue de taille: l'importance du facteur racial dans le choix des électeurs.
"C'est une élection très difficile à prédire parce qu'on ne peut pas utiliser les modèles statistiques normaux", estime Steffan Schmidt, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Iowa (centre).
Selon une théorie appelée "l'effet Bradley-Wilder", des électeurs disent au sondeur qu'ils soutiennent Obama par crainte de paraître racistes. Mais une fois dans l'isoloir le 4 novembre, ils voteraient pour le candidat blanc, John McCain.
Ainsi, l'avance de Barack Obama dans les sondages pourrait s'évaporer le jour de l'élection.
Cette théorie est née lorsqu'un ancien maire noir de Los Angeles (Californie, ouest), Tom Bradley, avait perdu la course au gouvernorat en 1982 contre son opposant blanc, alors que les sondages le donnaient vainqueur.
Et en 1989, un candidat noir, Doug Wilder, avait remporté de justesse le poste de gouverneur de Virginie (est), alors que les sondages lui donnaient une avance de 10%.
"Nous entrons dans l'inconnu", a estimé dans une interview à l'AFP Carroll Doherty, directrice associée du Centre de recherches Pew. "L'effet Wilder est un des mystères de cette élection…Nous savons que la race est prise en considération. A quel point, ce n'est pas clair. Mais une marge de 2 à 4% peut faire la différence", souligne-t-elle.
Autre obstacle rencontré par les sondages, la nécessité d'une ligne téléphonique fixe pour joindre les personnes interrogées exclut un cinquième de la population qui n'utilise que des portables ou d'autres moyens de communication : "Nous ne joignons que les 79% de la population qui utilisent des téléphones fixes", reconnaît Humphrey Taylor, président de l'institut de sondage Harris Poll.
Alors de là à raviver les vieilles pulsions raciales en connaissance de cause, il n’y a qu’une tentation à solliciter. Et des noms d’oiseaux et autres allusions douteuses et glissements sémantiques à adroitement manipuler.
S.B.F
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