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Etrange tête-à-tête au Proche-Orient
Par Soufiane Ben Farhat
Etrangement, l’actualité du Proche-Orient se fait de plus en plus rare depuis quelques semaines. Pourtant, on est bien loin de l’adieu aux armes dans cette zone de tempêtes meurtrière et explosive.
Certes, il y a bien une accalmie décrétée de facto depuis quelques semaines entre Israël et les organisations armées palestiniennes dans la bande de Gaza. Accalmie somme toute relative et qui risque fort de passer inaperçue eu égard à la tournure des événements depuis quelques mois.
Pourtant, Israël est en pleine crise institutionnelle suite à la démission forcée de son premier ministre sortant, Ehud Olmert, pour corruption. Un accord est d’ailleurs intervenu en début de semaine entre le Parti travailliste du ministre de la Défense Ehud Barak et la formation centriste Kadima de Tzipi Livni pour mettre sur pied un nouveau gouvernement de coalition dirigé par la ministre des Affaires étrangères.
Mais si cet accord de coalition rapproche un peu plus Livni des fonctions de Premier ministre, il ne lui assure pas pour autant la majorité à la Knesset. Et elle dispose désormais de moins d’un mois pour mettre sur pied son gouvernement. Autrement, les inévitables élections législatives anticipées ouvriront la voie au retour de la droite maximaliste de Benjamin Netanyahu, favori des sondages.
Cependant, on fait comme si de rien n’était. Idem du côté de la partie palestinienne. L’embryon d’Autorité palestinienne y est irrémédiablement empêtrée dans une neutralisation forcée et réciproque de ses deux factions antagoniques sévissant l’une (le Hamas) dans la bande de Gaza et l’autre (le Fatah) en Cisjordanie.
Quant au Quartette pour la paix au Proche-Orient, il a beau regrouper les Etats-Unis, la Russie, l’Onu et l’Union européenne, il campe volontiers la posture de l’abonné absent.
Bref, tous les protagonistes –ou presque- semblent s’accommoder d’un attentisme délibéré. Motif : le déroulement dans deux semaines de l’élection présidentielle américaine.
L’actuelle administration US étant occupée à faire ses cartons, les protagonistes du conflit du Proche-Orient ne s’en soucient guère outre mesure. Et on est loin de l’enthousiasme –plus volontariste que raisonné- affiché en décembre 2007 lors de la conférence d’Annapolis au Maryland. Lorsque le président Bush et la communauté internationale avaient pris le solennel et ferme engagement de parvenir à une solution définitive du conflit israélo-palestinien, vieux de 60 ans, avant la fin de l’année 2008.
Un désenchantement d’autant plus détonnant que ceux qui, il y a quelques mois, esquissaient des interrogations légitimes sur la praticabilité de cet engagement, étaient fermement remis à leur place. Aujourd’hui, toutes les parties proches et lointaines de ce conflit assument le bilan d’impuissance de cet engagement sans en dresser toutefois le constat formel.
Et c’est là que le bât blesse. Non pas tant par les espoirs somme toute permis, fussent-ils démesurés. Mais bien plutôt en rapport avec cette tendance maniaque à confiner les tenants et les aboutissants du conflit israélo-palestinien, son alpha et oméga, son principe et sa fin dans la seule escarcelle de la politique américaine.
Il en résulte, à la longue, une situation inextricablement tordue. Tout d’abord, la communauté internationale ne saurait se résumer principalement aux seuls Etats-Unis d’Amérique, même si ces derniers n’en finissent pas d’en infléchir la teneur et les contours à leur guise. Le retour en force économique, militaire, politique et diplomatique de la Russie ainsi que les montées en puissance de l’Inde et de la Chine en attestent. Et l’esquisse d’une politique extérieure commune affichée par l’Union européenne depuis peu confirme une nouvelle tendance.
Par ailleurs, le temps séparant les échéances de l’élection présidentielle américaine est relativement court en termes de résolution de conflits de l’ampleur de celui du Proche-Orient. A titre d’exemple, l’actuelle campagne présidentielle américaine dure depuis deux ans, tandis que le mandat présidentiel n’est que de quatre ans.
Enfin, cet étrange tête-à-tête fait que les principaux protagonistes proche-orientaux ainsi que les Etats-Unis eux-mêmes finissent par en payer de lourds tributs. Ehud Olmert a déclaré aux journalistes dans l’avion qui l’emmenait le lundi 13 novembre 2006 à Washington afin de se rassurer sur le changement de majorité politique au congrès : "le soutien des Etats-Unis à Israël dépasse les frontières des partis et je ne vois aucune raison pour que cela change".
Deux jours plus tôt, les Usa avaient opposé leur véto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la tuerie perpétrée par l’armée israélienne à Beit Hanoun. C’était la 35ème fois depuis 1986 que l’administration américaine s’oppose à une résolution condamnant Israël.
Et on feint de se demander après coup pourquoi l’image des USA est tellement écornée auprès des opinions arabes, musulmanes, européennes et asiatiques…
S.B.F
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