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Présidentielle US
Douteuses incantations du Mal
Par Soufiane Ben Farhat
Moins de deux semaines nous séparent de l’élection présidentielle américaine. Le ton monte. Les esprits s’échauffent. Les sondages battent leur plein et les conjectures valsent au gré des analyses.
Mais ça, c’est pour la grande masse et la consommation médiatique. Pour les états-majors politiques des candidats démocrate et républicain, c’est une autre paire de manches. Il s’agit d’engranger les derniers atouts avant la ligne droite. Et tous les coups semblent permis.
Les gourous des conseillers dans le secret des Dieux s’adonnent à d’étranges incantations. Côté républicain, on invoque volontiers le Mal, dans la pure tradition néoconservatrice qui a tôt fait de remettre la vieille rhétorique chrétienne du Bien et du Mal au cœur des préoccupations citoyennes. Cela déborde même sur la politique internationale puisque l’Union soviétique était volontiers qualifiée d’"Empire du Mal" du temps du président Reagan. Quant aux néoconservateurs ayant pignon sur rue dans l’administration US depuis quelques années, ils ont promu l’Irak de Saddam Hussein, l’Iran et la Corée du Nord au rang d’"Axe du Mal". Le président George W. Bush parla pour la première fois de l’Axe du mal le 29 janvier 2002 lors de son discours sur l’état de l’Union. Un peu plus d’une année plus tard, ses troupes envahissaient l’Irak.
On joue sur les vieux réflexes pathologiques de peur et de répulsion à l’endroit des Noirs. Le but c’est d’induire un vote de rejet du candidat démocrate noir Barack Obama qui caracole largement en tête de tous les sondages des intentions de vote. Plusieurs épisodes malheureux en attestent.
Il n’y a pas si longtemps, du temps de la discrimination raciale totale à l’endroit des noirs américains, ceux d’entre eux qui, d’une manière ou d’une autre, enfreignaient les interdits, étaient qualifiés de "Nègres bêcheurs". L’infâme appellation justifiait toutes les violences, les lourdes corrections et les pires sévices corporels et moraux.
Début septembre 2008, Lynn Westmoreland, représentant républicain de la Géorgie, a qualifié Obama de "bêcheur". Invité à s’excuser, il s’est immergé davantage dans la mare boueuse en affirmant que la définition donnée par le dictionnaire du terme "bêcheur" ne comportait aucune signification raciale. Pourtant, en bon géorgien, il connaît parfaitement le terrible sens dialectal du mot.
L’invocation des vieux réflexes esclavagistes sur fond d’obsession de la soumission des Noirs est pour le moins vicieuse. Côté démocrate, cela suscite bien des angoisses et des peurs légitimes.
Dans une de ses récentes livraisons, le Los Angeles Times cite Damascus Harris, intendant d'un établissement scolaire de Chicago, qui "se lance dans la litanie des offenses subies par son peuple, depuis les promesses non tenues après l'abolition jusqu'aux intimidations contre les électeurs noirs à l'époque des lynchages, en passant par la stigmatisation raciste dans les banques. Tout cela explique en partie pourquoi il ne sera pas surpris si Barack Obama finit par perdre. "Je ne porte pas un regard naïf sur ce qu'a été notre histoire", commente-t-il".
Si la candidature d'Obama suscite des professions de foi racistes de la part d'électeurs blancs, cela n’exempt pas les appels au meurtre. Il y a deux semaines, le Washington Post rapportait que l'un des supporteurs de Sarah Palin –co-listière de McCain- avait hurlé "tuez-le!" à l’endroit de Barack Obama. Le Secret service (USSS), chargé de veiller à la sécurité des candidats à la présidentielle, a procédé à l’enquête requise.
Lors de nombreux meetings, les noms d'oiseaux pleuvent sur Barack Obama. Conspué, pris à partie, il est notamment qualifié de "terroriste", en allusion à ses origines kenyanes et son enfance passée en partie dans un pays musulman.
Le candidat républicain John McCain s’est lui-même impliqué dans le concert des glissements sémantiques et autres allusions douteuses. Il a dit il y a quelques jours en parlant d’Obama qu'il allait "fouetter son 'vous savez-quoi'". Rires et applaudissements dans l’assistance qui aurait gagné à en pleurer, le fouet étant un instrument lié à la douloureuse et tragique histoire de l'esclavage.
Figure pionnière de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, John Lewis a accusé McCain d'incitation à la haine raciale contre Barack Obama.
On sait qu’aux Etats-Unis d’Amérique, le processus électoral exacerbe la politique jusqu’à ses extrêmes limites. Il semble qu’il en soit de même des mots à maux et stupidités lexicologiques.
S.B.F
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