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En battant la campagne Présidentielle US
Petits donateurs et autoroutes de l’information
Par Soufiane Ben Farhat
La campagne électorale US est morte, vive la campagne électorale. A quelques jours de l’élection présidentielle américaine, le bilan s’impose et en impose.
La campagne électorale pour la présidentielle américaine de 2008 fera certainement date. Elle est de celles à inscrire à l’encre indélébile dans les annales. Particulièrement longue, elle a été également serrée, anachronique, coûteuse et polarisée.
Cela saute aux yeux, l’une des caractéristiques principales de la campagne électorale pour la présidentielle américaine de 2008 aura été sa longueur. Rarement une campagne aura duré si longtemps. Deux années entières à guerroyer sur tous les registres pour tous les candidats en lice.
Une longue période en somme. Elle revêt toute sa signification quant on sait que le mandat présidentiel américain est de seulement quatre ans. Qui plus est entrecoupés d’importantes élections de mi-mandat au congrès, tant pour la chambre des représentants que pour le Sénat. Le président américain n’y est pas directement impliqué, certes. Son parti l’est de plain-pied en revanche.
Ainsi, pour arriver à l’ultime ligne droite de leur face-à-face électoral, les candidats républicain (John MacCain) et démocrate (Barack Obama) ont-ils dû subir un véritable parcours de combattant. Cela va des primaires jusqu’aux débats télévisés, en passant par les caucus et les tournées de collecte de sympathisants et de fonds. Bref, deux années durant, l’électorat américain a été sollicité par l’entremise de différents processus et supports.
Un exemple des plus édifiants : pas moins de 22 Etats américains ont voté lors du Super Tuesday du 5 février 2008, plus les Samoa occidentales et les expatriés. C’était la première fois qu'une aussi importante majorité d'Etats votait aussi tôt dans le calendrier électoral. Plus de 70 millions d'électeurs y ont pris part.
C’est dire si la vie politique et institutionnelle américaine, en sus de la sphère médiatique, a été sollicitée. A telle enseigne que ces élections fortement disputées tant intra-muros, au sein des partis eux-mêmes, qu’entre ces partis, ont officié par moments comme un véritable abcès de fixation.
En fait, l’enjeu est de taille. Saurait-il en être autrement à l’issue des deux mandats de George W. Bush ? Ce dernier a tellement imprégné aussi bien les Etats-Unis d’Amérique proprement dits que les States dans leur rapport aux autres pays. Dès lors, le choix de son successeur est devenu pour ainsi dire une affaire mondiale.
D’ailleurs, les différents candidats ont surfé à loisir sur ce registre. Et pour cause : les méandres de la croisade antiterroriste planétaire décrétée par Bush, conjugués à l’implication désastreuse du corps expéditionnaire américain en Irak et en Afghanistan, n’en finissent pas de susciter depuis huit ans des réactions hostiles sinon crispées. Cela se vérifie tant auprès des Etats, dont une bonne partie des propres alliés des Etats-Unis d’Amérique, que dans l’opinion mondiale dans son ensemble.
D’une certaine manière, en plus de l’Amérique elle-même, la campagne électorale américaine focalise depuis deux ans l’attention du monde entier. Et cela transcende les traditionnelles barrières de positionnement stratégique vis-à-vis des Etats-Unis.
L’argent, nerf de la guerre
En politique, la longue durée a des servitudes et des corollaires obligés. Cela est d’autant plus de mise lorsqu’il s’agit de politique-spectacle, les élections se prêtant amplement aux mises en scène et théâtralisations circonstancielles.
La première servitude est celle de la collecte des fonds nécessaires à la campagne électorale. Ici plus qu’ailleurs, l’argent est le nerf de la guerre. Et sur ce plan précis, le candidat démocrate Barack Obama a pu revendiquer une victoire bien avant le verdict des urnes. Il a été en effet le plus grand collecteur de fonds de tous les candidats. Les statistiques de la Commission électorale fédérale attestent d’une récolte de dollars sans précédent de la part d'un candidat à la présidence : 605 millions de dollars collectés jusqu’à la mi-octobre par Barack Obama. Quelques 2 millions de personnes y ont contribué.
Du jamais vu auparavant lors d'une campagne présidentielle américaine. La candidature du sénateur de l'Illinois a bénéficié d’un mouvement d'adhésion à large spectre. Les versements étant limités par la loi américaine à deux fois 2 300 dollars au maximum par personne, il fallait mobiliser un maximum de supporters pour espérer récolter des sommes aussi immenses. La pertinence de ce pari aura été, c’est le cas de le dire, payante pour le candidat démocrate. A relever de surcroît qu'il avait décidé de renoncer au financement public de sa campagne.
Les fonds de Barack Obama ont été récoltés à 94 % auprès de particuliers, ceux de John McCain à 80 %.
Pour le seul mois de septembre, les fonds recueillis par Barack Obama se sont élevés à pas moins de 150 millions de dollars. Ayant préféré rester dans le système de financement public de campagne, John MacCain n’est parvenu à mobiliser que 84 millions de dollars pour les deux mois de septembre et octobre.
Les bonnes performances d’Obama en la matière tiennent à une prouesse inédite dont il a révélé le secret bien simple : Réussir à solliciter le plus grand nombre de petits contributeurs. Il doit davantage son succès à la multiplication des petites donations, à hauteur de moins de 100 dollars, effectuées en ligne, qu’aux grosses soirées organisées par de puissants contributeurs.
De sorte que les petits ruisseaux et affluents ont fini par former une grande rivière financière.
Ceci requérant cela, les réseaux sociaux en ligne ont officié comme de précieux outils de mobilisation. Barack Obama, surtout, a su s’en servir pour joindre le plus grand nombre de militants et lever des fonds considérables.
Le candidat républicain John MacCain n’est pas demeuré en reste. Fin 2007, ses chances de remporter la nomination républicaine se volatilisaient. L'argent et les fonds tarissaient et les défections se suivaient dans son propre clan. Son équipe de campagne a eu une idée géniale, s'en remettre au site de partage de vidéos "YouTube".
Le témoignage de Julie Germany, directrice de l'institut d'études politiques, de démocratie et d'internet de l'université George-Washington est fort instructif à ce propos : "La campagne de McCain était en train d'imploser. Ils ont décidé que l'investissement stratégique dans les Etats les plus disputés lors des primaires serait de mettre en ligne des vidéos sur YouTube"…Les responsables de la campagne "ont compris qu'en définitive, ces vidéos se retrouveraient dans les journaux de toutes les chaînes de télévision et que les gens parleraient d'elles dans les émissions de débat. Et ils avaient raison".
Haro sur le Net, Myspace et Facebook
Ces publicités ont été décisives pour le retour en grâce puis la victoire de John McCain aux primaires républicaines. Il les a utilisées depuis contre son rival démocrate Barack Obama. "Cette plate-forme que nous appelons YouTube a donné naissance à un tout nouveau système de fonctionnement médiatique" révèle Andrew Rasiej, créateur de "techpresident.com". "Les équipes de campagne mettent les vidéos sur internet en sachant bien que leurs partisans vont les distribuer pour elles".
En fait, certaines des vidéos les plus marquantes n'ont jamais été diffusées lors de plages de publicité télévisées. Elles sont en revanche relayées par les chaînes d'information en continu, commentées par les blogueurs et les journaux. Cela permet également de formidables économies de moyens financiers. Tourner une vidéo en basse définition beaucoup moins cher que de réaliser un film publicitaire destiné aux télévisions.
De son côté, Barack Obama a réussi la prouesse d’informer trois millions de supporters, à trois heures du matin, sur leur téléphone portable, du choix de Joe Biden comme colistier sur le ticket démocrate. Quant au rendez-vous donné par le duo pour leur première apparition conjointe, il n’a pas été révélé sur CNN, NBC ou ABC mais bien plutôt sur le site internet interactif www.barackobama.com.
Les sites, on le sait, sont redoutablement interactifs. A l’adresse pro-Obama "MyBO", des supporters proposent du covoiturage vers les Etats clés de l’élection pour faire du porte-à-porte en faveur de leur candidat.
Barack Obama a adroitement investi, dès le début des primaires, les sites communautaires tels que Myspace et Facebook. Le jeune co-fondateur de Facebook, Chris Hughes, a d’ailleurs rejoint l’équipe de campagne d’Obama pour superviser ses activités en ligne. Son équipe maintient le blog du candidat et sa présence sur Facebook, produit des vidéos diffusées sur BarackTV. com, et répond à des millions d’e-mails et de SMS d’électeurs curieux.
Internet aura ainsi été le grand acteur de la campagne pour la présidentielle US de 2008. Pour la sociologie des médias, cela importe beaucoup. En fait, selon l’organisme de sondages "Pew Research Center", si 90 % des électeurs américains puisent toujours leurs informations dans les médias traditionnels, 46 % d’entre eux ont aussi utilisé Internet, l’e-mail ou le téléphone portable pour se tenir informés pendant les élections, partager leurs opinions ou mobiliser leur entourage. Un témoignage on ne peut plus éloquent de l’efficience des autoroutes de l’information en somme.
Autre nouveauté, la sollicitation du vote massif des femmes. Les candidats ont raison de considérer l’électorat féminin comme crucial. Aux Etats-Unis d’Amérique, les femmes votent davantage que les hommes (60,1 %, contre 56,3 % en 2004) et, depuis la présidentielle de 1964, le nombre d'électrices à travers les Etats-Unis a toujours été largement supérieur à celui des électeurs (8,8 millions de plus en 2004). Cette année, le nombre d'électrices pourrait dépasser de plus de 9 millions le nombre d'électeurs. Les universitaires américains parlent d’ailleurs d’un "gender gap", une différence dans les choix électoraux exprimés par les hommes et les femmes.
Bref, rien n’est laissé au hasard et les candidats redoublent d’initiatives innovantes. Si bien que ces élections 2008 s’annoncent déjà comme celles de tous les records…
S.B.F
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