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D’un échec l’autre
Poupées russes au Proche-Orient
Par Soufiane Ben Farhat
Est-il besoin de réitérer les évidences ? A Tel Aviv, lors d’une conférence sur le processus de paix, Ahmed Qoreï a été on ne peut plus réaliste : "Je ne pense pas que nous serons capables de parvenir à un accord cette année", a-t-il dit devant un parterre d'anciens responsables israéliens de la sécurité.
Pourtant, à entendre certains, l’avis de l’ancien chef du gouvernement palestinien sonne comme un aveu d’impuissance. Il est en effet des parties qui croient toujours au vœu exprimé par le président américain George W. Bush en novembre 2007 à Annapolis (Maryland). Ayant cru relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens, il a exhorté les deux parties à sceller un accord définitif avant la fin de l’année 2008, qui correspond à la fin de son mandat.
Depuis, les échecs se sont emboîtés les uns dans les autres comme un sinistre jeu de poupées russes. Echec des autorités israéliennes à geler l'implantation de nouvelles colonies juives de peuplement en Cisjordanie occupée. Echec de l’embryon d’Autorité palestinienne divisée, institutionnellement impuissante et scindée, cantonnée dans des réduits territoriaux antagoniques. Echec du Premier ministre israélien Ehud Olmert contraient à la démission pour corruption. Echec de Tzipi Livni à former un nouveau gouvernement israélien, ouvrant la voie aux inévitables et périlleuses législatives anticipées. Echec des pourparlers israélo-palestiniens et israélo-syriens, qui, législatives israéliennes obligent, sont de nouveau renvoyés aux calendes grecques.
Le navire des pourparlers de paix prend l’eau de toutes parts. Pourtant, le seul à demeurer à la barre, imperturbable, serait le président américain. Selon la porte-parole de la Maison blanche Dana Perino le président Bush restait impliqué dans la poursuite des négociations. "Je pense que le président souhaite continuer à travailler avec eux. Il ne fait pas de doute qu'il y a du chemin à faire, mais il y a toujours eu du chemin à faire au Proche-Orient", a-t-elle déclaré.
Encore une fois, on recourt aux clichés et poncifs. Un lieu-commun sert de cache-misère. Sinon que signifie "il y a toujours eu du chemin à faire au Proche-Orient" ? Y aurait-il plus de courbes et de sinuosités que partout ailleurs, ou n’est-ce qu’une manière de justifier a posteriori un attentisme universel aux effets dévastateurs ?
Au-delà des subtilités sémantiques et exercices de haute voltige diplomatique, la réalité empire à vue d’œil. La bande de Gaza est devenue un mouroir. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a averti il y a quelques jours que la bande de Gaza ne recevait plus de fournitures médicales et que la vie de centaines de patients s'en trouvait menacée.
"Le CICR appelle les autorités sanitaires palestiniennes de Ramallah et de Gaza à prendre des mesures urgentes visant à rendre disponibles à Gaza des fournitures médicales adaptées et en quantité suffisante", lit-on dans un communiqué. Il a également enjoint à Israël de faciliter la livraison dans les délais des équipements médicaux destinés au réduit côtier de 362 km2, où s’entassent plus d’un million et demi de Palestiniens comme dans une vaste prison à ciel ouvert, mais hermétiquement contrôlé par l’armée d’occupation israélienne.
Directrice de la mission du CICR dans les territoires palestiniens, Katharina Ritz s’est indignée: "Les questions de santé ne doivent pas être politisées. Des solutions pragmatiques doivent être trouvées, car de nombreuses vies sont en jeu".
Mais à quoi sert la énième indignation d’une travailleuse humanitaire dans une région du monde où le parti de l’instinct n’en finit pas de damer le pion au parti de l’intelligence ?
Dans la bande de Gaza, la contrebande et le trafic de tous genres tiennent lieu d’économie informelle. Ultime échappatoire pour des multitudes affamées, saignées à blanc, supportant les conséquences d’un inique embargo international doublé du blocus israéliens. Le trafic incessant d'armes, de vivres, de bétail et de médicaments, via des centaines de tunnels de contrebande sous la frontière avec l'Egypte, y rend aussi la vie un brin moins infernale qu’en enfer.
L’avis de l'International Crisis Group en dit long sur l’impasse : "A Gaza, les nouvelles réalités se consolident. La perspective de réconciliation, de réunification, et d'un processus de paix crédible semble plus lointaine et illusoire que jamais" a-t-il souscrit il y a peu.
Pourtant, et bien qu’en passe de céder le témoin à l’issue de l’élection présidentielle de la semaine prochaine, le président Bush croit toujours, semble-t-il, à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien avant la fin de son mandat…
S.B.F
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