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[05/11/2008 12:22]
Un scrutin à dimension planétaire

Dernière ligne droite de la présidentielle US

Un scrutin à dimension planétaire

 

Par Soufiane BEN FARHAT

 

Les dés sont jetés. Tout le monde s’apprête à franchir le Rubicon. L’élection présidentielle américaine en est aujourd’hui à son round final. De 130 à 135 millions d'électeurs devraient y prendre part, soit 10 millions de plus qu'en 2004 et 25 millions de plus qu'en 2000.

La forte mobilisation escomptée des électeurs en dit long sur la nature de l’enjeu. Pour la première fois, les Américains éliront soit un Noir à la présidence (en cas de triomphe du candidat démocrate Barack Obama) soit une femme à la vice-présidence (Sarah Palin en cas de succès du candidat républicain John McCain).

Un moment historique en somme qui tient en haleine les opinions publiques du monde entier. Tous les ingrédients de l’inédit sont de mise. Effective depuis deux ans, la campagne électorale américaine aura été ainsi très longue. Du jamais vu dans les annales de l’élection présidentielle américaine pourtant si riche en thèmes particuliers et versions spécifiques.

Côté finances et supports, les performances enregistrées ont de loin dépassé les prévisions les plus rigoureuses et futuristes. Ainsi en est-il de la levée de fonds de campagne. Bien qu’ayant renoncé au financement public de la campagne présidentielle, Barack Obama a récolté à lui seul pas moins de 650 millions de dollars. Soit l’équivalent des sommes accumulées par George Bush et son adversaire John Kerry en 2004.

John McCain a de son côté engrangé les 84 millions de dollars de financement public conjugués aux 100 millions de dollars consentis par le Parti républicain en son nom en additif à l’enveloppe publique.

La prouesse d’Obama en la matière fait déjà date. Le sénateur de l’Illinois a pris d’assaut les nouveaux réseaux sociaux et toutes les opportunités d’Internet en vue de mobiliser les menues contributions (parfois ne dépassant pas les 20 dollars) des nuées de petits donateurs. L’entreprise considérée comme follement fantaisiste au début a été au bout du compte payante. Près de 3,3 millions de donateurs, dont plus de 600.000 au cours du seul mois de septembre, y ont pris part. Les réseaux Internet, Facebook, Myspace, les e-mails et les SMS ont été mis à contribution.

Du point de vue de la sociologie électorale, ces nouveaux supports et créneaux de mobilisation politique initient une nouvelle ère universelle. Sous peu, il en sera de même sous d’autres cieux, et pas seulement en Europe ou au Japon.

Changez de registre, vous reviendrez immanquablement à la même case départ: celle de la forte implication citoyenne dans l’actuelle élection présidentielle américaine. Cela tient au fait que les deux mandats du Président George W. Bush ne laissent guère indifférent.

Au bout du compte, Bush fils a littéralement marqué de son empreinte les Etats-Unis d’Amérique aussi bien intra muros que dans leur rapport aux autres acteurs de la communauté internationale.

Son passage aux affaires aura été marqué par trois faits capitaux qui n’ont pas manqué d’imprégner l’humanité entière dans leur sillage: le triomphe inédit des néoconservateurs qui ont tenu le haut du pavé à Washington tout au long des deux mandats de Bush, la croisade antiterroriste planétaire marquée notamment par les désastreux engluements des corps expéditionnaires américains dans les bourbiers d’Irak et d’Afghanistan, l’empêtrement dans une crise financière majeure aux effets éminemment pervers à l’échelle planétaire.

Pris individuellement ou combinés, ces trois faits saillants ont initié de nouveaux clivages et de nouvelles lignes de fractures universelles, y compris dans le camp des pays alliés de longue date des Etats-Unis d’Amérique. Ils ont laissé également de sinistres traces dans les consciences communes. Celles-ci se sont exprimées soit sous forme d’amertume et de ressentiment soit en termes d’irrémédiable désespoir des normes désormais arbitraires et floues de la légalité internationale. Ceci sans parler des sinistres réactions et contre-réactions politiques et militaires extrêmes.

On comprend dès lors pourquoi le choix du successeur de George W. Bush est devenu à juste titre une affaire universelle.

Aujourd’hui, la situation est telle que, quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine (même dans le cas du succès du républicain McCain), on aura l’impression de tourner définitivement une page. Il faut peut-être remonter loin dans l’histoire américaine — précisément à l’époque du président américain Herbert Hoover (1928-1932) — pour trouver une situation analogue à celle des rancœurs et aversions accumulées tout au long des mandats Bush. Candidat du Parti républicain dès le 14 juin 1928, Hoover déclare intempestivement: "Les Américains sont aujourd’hui plus près de vaincre la pauvreté que n’importe quelle autre nation dans l’histoire". Il remporte les élections le 6 novembre 1928. Quelques mois plus tard, la Bourse de New York s’écroule. La Grande Dépression commence. Contre l’avis de tout le monde, Hoover s’ingénie seul à y mettre fin à sa manière réprouvée par tous. Finalement, il se retrouve seul responsable d’une catastrophe économique américaine qui a eu pour effets pervers le triomphe du nazisme en Allemagne et le déclenchement de la tristement célèbre Seconde Guerre mondiale.

L’histoire se répète dit-on une fois sous forme de tragédie, une autre fois sous forme de comédie. Elle peut même s’exprimer sous forme d’une tragi-comédie…

S.B.F.

 





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