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Combats en RDC
Spectre d’un nouveau désastre régional
Par Soufiane Ben Farhat
Un véritable désastre humanitaire semble se profiler en République démocratique du Congo (RDC). Les combats dans la région du Nord-Kivu, qui a la ville de Goma pour capitale, ont été âpres. Les forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkunda, général rebelle qui se pose en défenseur de la minorité tutsie face aux miliciens hutus ayant fui le Rwanda après le génocide de 1994, y ont lancé une nouvelle offensive le 28 août. Elles ont été arrêtées aux portes de Goma, et Nkunda a déclaré un cessez-le-feu voilà deux semaines.
Des membres d'organisations humanitaires présents au Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo) ont tiré la sonnette d’alarme il y a peu. Ils s'inquiètent du sort de milliers de réfugiés pris au piège derrière les lignes rebelles. En plus de la sécurité, ils ont un besoin urgent d'aide alimentaire.
Les chiffres dévoilés à New York par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon sont effrayants. Il a estimé qu'il s'agissait d'"au moins 100.000 réfugiés", dont la situation est "de plus en plus désespérée". Il a dès lors appelé à un cessez-le-feu immédiat. Et pour cause : il s’est dit "très inquiet de toutes les informations faisant état d'assassinats ciblés de civils, de pillages et de viols".
Encore une fois, la folie meurtrière investit sinistrement la place. Des ONG tentent d’accéder à Rutshuru et Kiwanja, dans l'est du Masisi, à environ 80km au nord de Goma. Deux communes comptant plus de 150.000 habitants, désormais sous contrôle des forces rebelles du tutsi Laurent Nkunda.
Mardi 11 novembre, une mission de l'ONU envoyée à Kiwanja pour enquêter sur des allégations de massacres a corroboré les informations alarmistes. Elle a fait état d’informations "dignes de foi" selon lesquelles des civils avaient été "visés" et un "grand nombre d'entre eux assassinés" selon la porte-parole des Nations unies à New York. Human Rights Watch parlé d'au moins 50 civils tués, dont une majorité par les rebelles.
Pour l’organisation humanitaire, il serait judicieux d’accroître le nombre des Casques bleus pour protéger les civils. Elle préconise l’envoi de 3.000 soldats et policiers en renfort aux 17.000 hommes de la MONUC (Mission des Nations unies).
Aux abords immédiats de Goma, la situation est épouvantable. On y dénombre un peu moins de 300.000 personnes déplacées.
Le Comité international de la Croix-Rouge a été mis à contribution. Il a procédé dans un premier temps à la distribution de 45 tonnes de vivres. Juste assez pour nourrir les déplacés pendant dix jours.
Et comme un malheur ne vient jamais seul, une épidémie de choléra s’est manifestée. Les humanitaires en ont recensé au moins 90 cas depuis une semaine. Depuis début octobre, 1.000 cas de choléra au moins ont été enregistrés. "Les risques d'une explosion des cas sont très élevés", a révélé depuis Genève Paul Garwood, porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière a envoyé par avion en Ouganda 60 tonnes de matériel médical, qui devait être acheminé au Nord-Kivu par route.
Malgré cela, l’essentiel de l’horreur semble se profiler davantage.il y a deux jours, un conseiller du président rwandais Paul Kagame a évoqué la participation d'anciens soldats rwandais démobilisés aux combats dans l'est de la RDC.
D’où le spectre d'une régionalisation du conflit. Une perspective qui fait droit dans le dos, s’agissant d'une réédition de la guerre qui avait impliqué six pays de la région et fait cinq millions de morts entre 1998 et 2003.
Le Rwanda est déjà intervenu à deux reprises en RDC. Il y pourchassait des rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui avaient participé au génocide 800.000 Tutsis et Hutus modérés en 1994.
Emissaire du président Paul Kagame au sommet des Etats de l'Afrique des Grands Lacs, Joseph Mutaboba a déclaré qu'il existait une "possibilité" que certains soldats rwandais démobilisés participent aux combats dans l'ancien Zaïre.
Il a même accusé les casques bleus de la Monuc, ( 17.000 hommes), et les soldats des forces armées gouvernementales (FARDC) du président Joseph Kabila de ne rien faire pour désarmer les rebelles hutus réfugiés dans l'est du Congo.
"Nous voulons que cette question soit réglée, mais nos partenaires ne semblent pas être vraiment intéressés à désarmer les rebelles du FDLR et à les renvoyer chez eux", a-t-il dit. "Ils possèdent la clé pour parvenir à une solution mais ils ne veulent pas tourner la clé dans la bonne direction", a-t-il poursuivi.
Bref, malgré la superposition de tous les ingrédients du malheur, le pire est encore à craindre en RDC.
S.B.F
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