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Sur fond de "primeurs" pro-israéliennes
Obama et nous
Par Soufiane Ben Farhat
Qu’attendent les Arabes et les Musulmans de Barack Obama ? Le nouveau président américain élu est, à en croire certains d’entre eux, porteur d’espoir. L’opinion arabe et islamique lui est même de prime abord favorable. Mais entre les impressions, les plus généreuses soient-elles, et les faits il y a un fossé énorme…
Les Arabes-Américains, on le sait, ont joué un rôle important dans le triomphe d’Obama. Jusqu’ici, les quelque 3,5 à 4 millions d’Arabes-Américains votaient traditionnellement républicain. Depuis le 11 septembre 2001 et ses effets pervers en termes d’arabophobie et d’islamophobie, les Arabes-Américains sont mus par une logique de rupture avec le parti républicain. Si, en 2000, ils avaient accordé 44% de leurs voix à Georges Bush, contre 38% au démocrate Al Gore, en 2004, ils amorçaient le renversement de tendance en votant pour John Kerry à hauteur de 63% de leurs voix contre seulement 28% pour George Bush. Entre-temps, il est vrai, George W. Bush a envoyé ses troupes envahir l’Afghanistan, puis l’Irak, en prétextant de la guerre planétaire contre le terrorisme. En 2001, glissement sémantique lourd de sens, Bush a utilisé le terme tristement célèbre de Croisade.
Le 4 novembre 2004, maintien de cap. Les Arabes-Américains ont été 54% à voter en faveur du démocrate Obama contre 32% pour son rival républicain John McCain. Les motivations de ce nouvel ancrage sont évidentes. Obama représente à leurs yeux le meilleur gage de paix dans le monde.
Barack Obama a en effet clairement pris option pour le retrait des troupes américaines d’Irak. En tournée mondiale en juillet dernier, il a annoncé à Bagdad même un plan de retrait des troupes US d’Irak dans un délai de 16 mois.
Ajoutons-y la volonté affichée par Obama de dialoguer avec les pays du Proche et du Moyen-Orient. On comprendra dès lors les tenants du préjugé favorable dont il jouit auprès des opinions arabes et musulmanes aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Et puis comme le murmure le commun des mortels Obama s’appelle bien Barack Hussein ; il est noir et il a bien des origines africaines ; et bien que s’affichant volontiers chrétien, son père était bien musulman kenyan ; et il a bien passé une partie de son enfance en Indonésie avec son beau-père bien musulman lui aussi…
Ceci côté court. Côté jardin, c’est une autre paire de manches.
Ainsi en est-il des propos de celui qui n’était alors que candidat démocrate à la présidentielle américaine sur le caractère "indivisible" de Jérusalem(Al Qods). Début juin 2008, Obama déclarait devant les congressistes de l'AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis, réunis à Washington: "Jérusalem restera la capitale d'Israël et elle doit rester indivisible". C’était d’autant plus étonnant qu’il s’agissait de sa première intervention publique depuis qu'il avait remporté l'investiture démocrate.
M. Obama a davantage enfoncé le clou: "Il n'y a pas de plus grande menace pour Israël et pour la paix et la stabilité dans la région que l'Iran…Le danger iranien est grave et réel et mon but sera d'éliminer cette menace", a-t-il martelé.
Il s’est dépeint devant les congressistes émerveillés de l’AIPAC comme "vrai ami" d'Israël, se félicitant des "liens indestructibles" entre les Etats-Unis et Israël: "En tant que président je ne transigerai jamais quand la sécurité d'Israël sera en jeu", a-t-il dit, dénonçant pêle-mêle ceux qui nient l'Holocauste, ceux qui veulent la destruction d'Israël et ceux qui ne reconnaissent pas Israël. "Il n'y pas de place à la table des négociations pour les organisations terroristes", a-t-il poursuivi, la sécurité d'Israël est sacro-sainte. Ce n'est pas négociable".
"Primeurs" pro-israéliennes
Levée de boucliers côté palestinien: "Nous rejetons ces propos. Jérusalem est l'un des dossiers en cours de négociation. Tout le monde sait parfaitement que Jérusalem-est a été occupée en 1967 et nous n'accepterons pas un Etat sans Jérusalem, cela doit être clair", a riposté le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dont les préférences pour Obama sont notoires. Il n’est un secret pour personne que les Palestiniens, dont 250.000 vivent à Al Qods, n’ont de cesse de vouloir faire de la ville sainte la capitale de leur futur Etat dans le cadre d'un règlement global et durable du conflit israélo-palestinien.
Le Département d'Etat a lui aussi promptement réagi lui aussi par la voix de Sean McCormack. Il a rappelé que pour Washington, il incombe aux parties en présence de régler la question du statut final de Jérusalem. "La question des frontières et du droit des Palestiniens au retour ainsi que tout un ensemble de questions politiques sensibles et importantes doivent être résolues par les deux parties", a précisé Sean McCormack.
Du coup, Obama s’est retrouvé bien en deçà de l’appréciation de l’administration Bush, unanimement prise à partie par l’opinion arabe pour ses partis-pris pro-israéliens inconditionnels et aveugles.
On ne le sait que trop. Le gouvernement israélien a une mainmise de fer sur l'ouest d’Al Qods-Jérusalem depuis 1950. Ses troupes ont envahi Jérusalem-Est en 1967. Fin juillet 1980, une "loi fondamentale" israélienne a proclamé Jérusalem "réunifiée et capitale éternelle d'Israël". Une annexion guère reconnue par la communauté internationale. En fait, dans leur écrasante majorité, les ambassades, y compris celle des Etats-Unis, sont installées à Tel-Aviv. Une loi datant de 1995 a bien prévu le déménagement de l'ambassade américaine à Jérusalem mais ce transfert est sans cesse repoussé.
Négociateur palestinien en chef, Saëb Erakat a dénoncé les propos d’Obama: "Ses propos sur Jérusalem remettent en cause les chances de parvenir à la paix", a-t-il dit.
Simples bévues de campagne ou ferme intention de contenter le puissant relais juif pro-israélien aux Etats-Unis d’Amérique? Il faut savoir qu’en termes de levée de fonds de campagne électorale, Obama, tout en renonçant au financement public, a récolté à lui seul 650 millions de dollars. Et il faut savoir aussi et surtout que 65% de l’argent de la campagne électorale américaine provient des juifs qui ne constituent que 2% de la population américaine.
Juste après son élection, la "primeur" de Barack Obama a été également pro-israélienne. La presse israélienne avait de quoi se féliciter le jeudi 6 novembre. Le président élu Barack Obama a choisi Rahm Emanuel au poste éminemment stratégique de secrétaire général de la Maison Blanche.
Les journaux ainsi que les radios israéliens ont notamment mis en valeur les origines israéliennes de Rahm Emanuel. Ils ont fait également valoir que Binyamin Emanuel, le père de Rahm Emanuel est de nationalité israélienne. Il a fait partie du "Etzel", un groupe terroriste clandestin ultra-nationaliste juif qui a mené une guérilla contre les troupes britanniques et des tueries en règle et massives contre les Arabes palestiniens avant la création d'Israël en 1948.
Binyamin Emanuel a émigré avec sa famille aux Etats-Unis dans les années 60 et s'est installé à Chicago. Durant la période qui a précédé la guerre américaine contre l’Irak en 1991 Rahm Emanuel s'est porté volontaire auprès d'un bureau de recrutement de l'armée israélienne. Il servira au sein d'une unité chargée de la réparation des blindés près de la frontière libanaise, selon les quotidiens israéliens Haaretz et Maariv. En 1997, Rahm Emanuel a effectué une période de service militaire en Israël, a précisé Haaretz.
"Rahmbo"
Le Maariv parle de Rahm Emanuel comme "notre homme à la Maison Blanche", selon le titre d'un article. "Il est évident qu'il va influer sur le président pour qu'il soit pro-israélien", a affirmé son père au quotidien. "Pourquoi ne le ferait-il pas? (...) Peut-il laisser sa conscience hors de la Maison Blanche?", a surenchéri Binyamin Emanuel.
Visiblement très pieux, le prochain "chief of staff" de la Maison Blanche –qui détient et gère l’agenda du président- a obtenu lors de l'examen du plan Paulson, une dispense de son rabbin pour pouvoir travailler en pleines fêtes du nouvel an juif.
Il est l’homme auquel les démocrates sont redevables de leur victoire lors des élections de mi-mandat de 2006. Il leur a fait gagner 30 sièges supplémentaires à la Chambre.
Son tranchant et sa détermination lui ont valu le surnom de “Rahmbo”. "Certains jours, je me déteste en me réveillant", concède-t-il de lui-même.
On escomptait un signal fort d’obama sur le processus de paix israélo-palestinien. Le signal est venu. Il a été fort. Mais aux antipodes des espérances de mise côté Arabes et Palestiniens.
Et puis, à bien y voir, le rappel au bercail des troupes américaines exerçant en Irak n’est guère une invention d’Obama. L’administration Bush sortante, ainsi que les autorités irakiennes, en négocient les détails depuis des mois.
En revanche, pour Obama, il n’est guère exclu que les USA engagent sous peu leur corps expéditionnaire dans un troisième pays musulman –voire un quatrième- après les expéditions désastreuses d’Afghanistan en 2001 et d’Irak en 2003. A l’entendre, "le front central de la guerre contre le terrorisme se trouve en Afghanistan et au Pakistan". Il préconise même l'envoi de plus de 10.000 hommes en renfort aux 70.000 soldats étrangers impliqués en Afghanistan.
Bien pis, Obama s'est dit prêt à des frappes militaires dites "ciblées" au Pakistan avec ou sans l'autorisation des autorités d’Islamabad qui y sont farouchement hostiles. Les Etats-Unis les accusent en effet de ne pas être assez fermes dans leur lutte contre les combattants réfugiés à leur frontière avec l'Afghanistan.
Là, il y a de réels risques de dégénérescence et de pourrissement bien plus qu’à l’irakienne ou à l’afghane dans ce deuxième grand pays musulman de par la population, comptant quelque 170 millions d’habitants.
Ainsi, loin d’apaiser les Arabes et les Musulmans, l’Amérique d’Obama risque bien de se retrouver en conflit ouvert avec deux nouveaux pays musulmans si l’on y ajoute l’Iran. Accusé par Washington de chercher à fabriquer l'arme atomique et de soutenir les insurgés en Irak, l’Iran constituera un dossier explosif sur la table de travail d’Obama.
Déjà, Israël a commencé à tisser les entrelacs de sa toile macabre en la matière. Qu’on en juge: Condoleezza Rice, secrétaire d'Etat américaine en visite au Proche-Orient, a admis le 6 novembre l'impossibilité d'un accord de paix entre Israël et les Palestiniens en 2008, léguant le dossier à la future administration Obama. De son côté, Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, a sévèrement admonesté le jour même Barack Obama sur la question du programme nucléaire iranien: "Je considère problématique un dialogue préliminaire avec Téhéran à un moment où l'Iran pense que le monde a baissé les bras sur la question des sanctions…Un dialogue à ce stade pourrait être interprété comme une marque de faiblesse. Pour les Etats-Unis ou l'Europe, cela peut-être interprété différemment que dans le monde arabe", a prétendu Mme Livni.
Bref, on ne semble pas sortis de sitôt de l’auberge du sang, des larmes et de la douleur. A moins d’un différent et bien réel signal fort de la nouvelle administration Obama. Et puis les bons agriculteurs le savent: les bonnes primeurs n’annoncent pas forcément les bonnes récoltes. Et vice versa…
S.B.F
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