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Forfaits spectaculaires des pirates somaliens
Par Soufiane Ben Farhat
Les pirates somaliens font encore parler d’eux. Tristement s’entend. En trois jours, leurs nouvelles prises dans l’océan indien ont défrayé la chronique.
Samedi 15 novembre, ils ont capturé le superpétrolier saoudien le Sirius Star, propriété de la compagnie Aramco, avec ses 25 membres d’équipage et une cargaison estimée à 100 millions de dollars de pétrole. Ils l’ont ancré deux jours après au large d'Harardere, à 300 km au nord de Mogadiscio.
Harardere est l'un des ports utilisés par les pirates pour garder les bateaux qu'ils ont capturés. Ils y attendent les rançons réclamées pour relâcher navires et équipages. L'armée américaine a déclaré le même jour qu'elle mouillait au large du port d'Harardere.
Mis en service le 8 avril, le Sirius Star a été arraisonné en plein océan Indien, à plus de 450 milles nautiques au sud-est de la ville de Mombasa au Kenya. Véritable mastodonte, le Sirius Star est trois fois plus grand qu'un terrain de football et trois fois plus lourd qu'un porte-avion.
Les pirates réalisent ainsi une grosse prise d'une valeur de quelque 250 millions de dollars. Il s’agit en fait de l'opération de piraterie la plus spectaculaire menée au large de la Somalie. Elle constitue un défi pour la force maritime internationale censée protéger le trafic maritime marchand névralgique et très intense dans cette partie du monde.
La force navale anti-piraterie déployée dans la zone, surtout par l'Otan, n’y pouvait visiblement rien. Elle avait été dépêchée après la prise le 25 septembre dernier par les pirates du Faina, un cargo ukrainien chargé d’armes, dont 30 chars d’assaut russes, toujours retenu devant le port de Hobyo.
D’autres pays, dont la Russie et l’Inde, ont également envoyé des navires de guerre au large de la Somalie pour lutter contre les pirates.
Le Bureau maritime international (BMI) a dressé un constat d’échec en estimant que les attaques de pirates somaliens étaient devenues "incontrôlable". "La situation observée ces dernières semaines fait ressortir une augmentation anormale des actes de violence et des saisies de navires malgré le renforcement de la sécurité dans la région", renchérit Noel Choong, directeur du Centre d'observation de la piraterie du BMI basé à Kuala Lumpur. "En l'absence de dissuasion, en raison des risques faibles et avec la perspective de gains élevés pour les pirates, les attaques vont continuer, a-t-il dit. La situation est déjà incontrôlable. Les Etats-Unis et la communauté internationale doivent faire cesser cette menace".
Commandant adjoint des forces maritimes coalisées au Moyen-Orient, le contre-amiral britannique Keith Winstanley, a admis l'impuissance face aux pirates : "Ils iront où nous ne sommes pas", a-t-il dit à des experts des questions de défense. "Si nous patrouillons dans le golfe d'Aden, ils iront à Mogadiscio. Si nous allons à Mogadiscio, ils iront dans le golfe d'Aden."
"Les pirates adressent au reste du monde le message qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent, penser l'impensable, agir de façon inattendue", a déclaré Andrew Mwangura, coordinateur de l'association Le Programme d'assistance aux marins d'Afrique de l'Est. Basée dans le port kényan de Mombasa, cette association surveille les actes de piraterie au large de la Somalie,
Selon le BMI, depuis janvier, 94 bateaux ont été attaqués par des pirates au large de la Somalie et dans le Golfe d'Aden. Trente huit navires ont été saisis dont 17 sont toujours aux mains des pirates avec 250 membres d'équipage.
Mardi 18 novembre, les pirates ont réitéré leurs forfaits en s’emparant notamment d'un chalutier thaïlandais avec 16 membres d’équipage dans le Golfe d'Aden. Ils ont également pris le contrôle d'un cargo battant pavillon de Hong kong, dans le golfe d'Aden, au large du Yémen, avec une cargaison de blé à destination de l'Iran. Et en dépit de la forte présence navale internationale, ils ont détourné un autre bâtiment, un cargo grec.
Les pirates somaliens semblent agir selon un modus operandi plutôt sophistiqué et bien huilé. Mercredi 19 novembre, l’un d’eux a fait une apparition sur l’écran d’Al Jazira. Il a parlé des pourparlers menés avec les Saoudiens en vue d’une rançon en contrepartie de la libération du superpétrolier : "Des négociateurs se trouvent à bord du navire et à terre. Lorsqu'ils auront donné leur accord à la rançon, celle-ci sera acheminée en espèces jusqu'au pétrolier", a déclaré le pirate, identifié à l'écran d'Al-Jazira comme étant Farah Abd Jameh. "Nous assurerons la sécurité du navire. Nous ferons le compte de l'argent mécaniquement", ajoute le pirate, dont la voix était doublée en arabe, avertissant: "Nous disposons des équipements nécessaires pour identifier les faux billets".
S.B.F
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