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Afrique : l’horreur à perpétuelle demeure
Par Soufiane BEN FARHAT
On savait que l’horreur a pris ses quartiers à perpétuelle demeure dans certaines parties de l’Afrique. Depuis longtemps certes. Mais pas au point de s’étaler dans toutes ses sinistres manifestations dans l’indifférence générale.
Témoin, la Somalie, où en sus des pirates qui écument les mers et l’océan mobilisant l’attention de la communauté internationale, on s’attend à une nouvelle longue confrontation sanglante pour le contrôle de la capitale Mogadiscio.
La pauvre capitale en ruines du pays ravagé par près de 20 ans de guerre féroce est prise en étau par les redoutables miliciens islamistes. Ceux-là mêmes qu’on a cru il y a deux ans battus de plate couture, laminés et aux abois. Il n’en est rien au bout du compte. A l’instar des seigneurs de la guerre, ils ont repris du terrain et du poil de la bête depuis plusieurs mois.
Des sources dignes de foi en attestent. Présents dans Mogadiscio, lesdits "shebab" des tristement célèbres Tribunaux islamiques se signalent par leurs violences soutenues. Ils attaquent régulièrement les forces gouvernementales, leurs alliés éthiopiens, ainsi que la force de paix de l’Union africaine. Visiblement soucieuse de se soustraire à un bourbier à l’afghane, l’armée éthiopienne en est réduite à amorcer son retrait progressif de la ville.
La population est prise au piège. Pris entre plusieurs feux, les civils n’y peuvent guère. Ils tombent fréquemment, essuyant régulièrement des balles perdues ou des obus qui s’abattent sur leurs maisons.
Les quelque 400.000 personnes, végétant encore à Mogadiscio, s’entassent dans des camps de fortune, érigés à la diable. Seule une timide et intermittente aide internationale permet la survie d’une partie d’entre eux. Les autres, c’est-à-dire les deux tiers restants, n’en finissent pas de crever à petit feu.
C’est dire si la piraterie au large de la Somalie n’est rien comparée aux douleurs et malheurs subis par les centaines de milliers d’habitants de Mogadiscio. Et le pire est encore à craindre.
C’est une question de quelques heures, voire tout au plus de quelques jours. La bataille de Mogadiscio s’annonce particulièrement féroce et ravageuse.
Autres cieux, mêmes drames. En quelques semaines, les confrontations dans la province du Nord-Kivu entre les combattants de Laurent Nkunda et les forces régulières ont remis la République démocratique du Congo à feu et à sang. Nkunda s’est emparé il y a un mois d’une partie de la région de Rutshuru et a progressé jusqu’aux portes de Goma avant de proclamer un cessez-le-feu.
S’ensuivit un pénible exode de 250.000 civils. Et là aussi, le pire est encore à craindre. Les interférences étrangères en rajoutent aux désastres d’un conflit sanglant. Les fins observateurs de ce conflit soulignent le rôle pervers qu’y jouent les mines d’or, de diamants et de cassitérite.
Dès lors, il est à craindre une réédition du scénario de la guerre de 1998-2003, à laquelle avaient pris part six armées d’autant de pays de la région.
Il faut savoir que ce conflit est une espèce d’excroissance pervertie du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Kinshasa accuse Kigali de soutenir Nkunda. Ce dernier dit défendre les Tutsis congolais contre les attaques de rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda. A l’en croire, ces rebelles hutus soutiennent les forces gouvernementales congolaises.
L’insurrection de Laurent Nkunda a débuté en 2004, en dépit des accords de paix de l’année précédente qui avaient mis fin à la guerre en RDC. Initialement, il s’agissait de protéger les Tutsis du Congo des rebelles hutus rwandais à l’œuvre dans l’est du pays. Mais les objectifs ont tôt fait de se dissiper, Nkunda entendant désormais, à l’en croire, libérer tous les Congolais.
A l’œuvre, l’ONU a décidé cette semaine l’envoi de 3.000 Casques bleus en renforts de la mission des Nations unies au Congo. Ses effectifs passeront ainsi, dans quelques semaines, à 20.000 hommes. Entre-temps, la rébellion a bel et bien doublé la superficie du territoire sous son contrôle.
Bref, l’inextricable conflit menace de sombrer de nouveau dans l’incommensurable horreur. Souvenons-nousde l’étude réalisée par l’ONG International Rescue Committee avec l’institut australien Burnet. Elle a démontré, chiffres minutieusement recueillis à l’appui, que la guerre de 1998-2003 en République démocratique du Congo a fait 5,4 millions de morts. Soit plus que n’importe quel autre conflit depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y est souligné que les conflits armés, la maladie et la malnutrition tuent chaque mois 45.000 personnes en RDC. Les pertes en vies humaines équivalent à la population du Danemark. C’est comme si l’Etat du Colorado disparaissait en une décennie, a déclaré George Rupp, président de l’IRC.
Malheureuse Afrique tragique où, encore une fois, les sinistres séquences de la guerre n’en finissent pas de baliser de tristes records macabres.
S.B.F.
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